LE DOSSIER DU « SYNDROME DE CHRONOS »


LES FRANÇAIS ET LEUR RAPPORT AU TEMPS

ENQUÊTE IFOP / EUROTECHNOPOLIS INSTITUT


Nombreux sont ceux qui s'interrogent sur le bien fondé de la réduction du temps de travail. « Le Syndrome de Chronos, du mal travailler au mal vivre » propose une réflexion originale qui pourrait mettre d'accord les irréductibles de tous bords. Et si l'homme modifiait ses rapports au temps d'abord parce que c'est bon pour sa santé, l'équilibre psychique d'une communauté, l'efficacité des organisations des entreprises et l'équilibre des comptes de la nation ?

A l'heure du temps réel, les Nouvelles Technologies de l'information et de la Communication annihilent les frontières entre les temps privés et publics et renforcent un phénomène de "zapping" croissant, directement issu de leur usage intensif. Notre étude sur « Le Syndrome de Chronos » montre qu'un conflit d'un type nouveau oppose le temps des hommes et le temps des machines. Il est à l'origine d'un mal travailler et d'un mal vivre qui coûtent autant aux entreprises qu'à la collectivité. Aujourd'hui, l'intensité du travail et le stress qui s'exercent sur les individus sont devenus un problème aussi important que la durée du travail.

Fondées sur trois ans de recherche, nos conclusions répondent concrètement aux enjeux économiques que posent les centaines de milliards de francs perdus en coût de santé ou en manque à gagner par les entreprises pour cause de stress. Nous estimons possible d'améliorer le financement des retraites en réduisant la durée du travail tout en allongeant la durée de la vie active. Enfin, nous suggérons d'accompagner la réduction inéluctable de la masse salariale par une politique moderne des revenus du capital qu'est l'intéressement.

En sollicitant l'IFOP, nous avons voulu recueillir l'opinion des actifs face aux nouveaux temps modernes ainsi que leurs réactions à quelques unes des recommandations que propose « Le Syndrome de Chronos » aux entreprises et aux pouvoirs publics.

Qu'en pensent les Français ? - Réponses ci-après...,

Tableaux :
- Le niveau de stress au travail
- Les raisons du stress au travail
- L'approbation d'éléments caractérisant la gestion du temps dans la vie professionnelle
- Le niveau d'adhésion à différents éléments susceptibles d'améliorer la gestion du temps
- Les conséquences de la non-maîtrise de son temps professionnel sur l'équilibre de vie
- Le niveau de consommation d'excitants ou de calmants
- Le niveau d'utilisation de nouvelles technologies de la communication
- Le pronostic sur le niveau de stress pour l'avenir professionnel de ses enfants
Conclusions :
- 1. Le stress : le lot quotidien des actifs
- 2. La cause principale du stress : la course après le temps
- 3. Le caractère anxiogène des nouvelles technologies
- 4. Quelles solutions pour lutter contre le stress ?
Note méthodologique
LE NIVEAU DE STRESS AU TRAVAIL
Question : Vous personnellement, diriez-vous que vous travaillez dans des conditions stressantes ?
  Ensemble Salariés
du privé
Salariés
du public
Oui, tout à fait 24% 22% 26%
Oui, plutôt 33% 35% 30%
Non, plutôt pas 22% 22% 23%
Non, pas du tout 21% 21% 21%
Ne se prononce pas - - -


LES RAISONS DU STRESS AU TRAVAIL
Question : Parmi les raisons suivantes qui peuvent expliquer que l'on travaille dans des conditions stressantes, quelle est celle qui correspond le plus à votre situation ?
  Ensemble Salariés
du privé
Salariés
du public
La course après le temps 31% 33% 30%
La pression exercée par les clients 16% 17% 12%
Le contenu même de votre travail 15% 8% 22%
La pression exercée par votre supérieur hiérarchique 11% 11% 12%
La crainte de perdre votre emploi 10% 14% 7%
Le fait d'être souvent dérangé dans votre travail par le téléphone 6% 6% 6%
La fragmentation de votre travail 5% 5% 3%
Aucune 5% 5% 6%
Ne se prononce pas 1% 1% 2%


L'APPROBATION D'ELEMENTS CARACTERISANT
LA GESTION DU TEMPS DANS LA VIE PROFESSIONNELLE
Question : Vous personnellement, diriez-vous qu'aujourd'hui dans votre vie professionnelle.... ?
  Total
oui
Oui,
beau-
coup
Oui,
un peu
Total
non
Non, pas
vrai-
ment
Non, pas
du tout
NSP
Les nouvelles technologies de l'information et de la communication obligent à aller plus vite et augmentent le stress 63% 31% 32% 37% 18% 19% -
Vous travaillez toujours dans l'urgence 59% 29% 30% 41% 23% 18% -
Votre travail est fragmenté, vous passez sans cesse d'une activité à une autre 54% 34% 20% 46% 17% 29% -
Vous avez l'impression de n'être plus maître de votre temps 48% 22% 26% 52% 27% 25% -
Vous avez le sentiment d'être obligé de passer plus de temps au téléphone qu'à faire avancer votre travail 21% 9% 12% 78% 21% 57% 1%
Il vous est arrivé de demander un arrêt de travail ou de vous mettre en congé parce que vous étiez épuisé nerveusement 14% 7% 7% 86% 6% 80% -


RECAPITULATIF : OUI Ensemble Salariés
du privé
Salariés
du public
Les nouvelles technologies de l'information et de la communication obligent à aller plus vite et augmentent le stress 63% 64% 60%
Vous travaillez toujours dans l'urgence 59% 64% 55%
Votre travail est fragmenté, vous passez sans cesse d'une activité à une autre 54% 52% 53%
Vous avez l'impression de n'être plus maître de votre temps 48% 48% 46%
Vous avez le sentiment d'être obligé de passer plus de temps au téléphone qu'à faire avancer votre travail 21% 22% 20%
Il vous est arrivé de demander un arrêt de travail ou de vous mettre en congé parce que vous étiez épuisé nerveusement 14% 13% 15%


LE NIVEAU D'ADHESION A DIFFERENTS ELEMENTS SUSCEPTIBLES
D'AMELIORER LA GESTION DU TEMPS DANS LA VIE PROFESSIONNELLE
Question : Pour chacun des éléments suivants, susceptibles d'améliorer la gestion du temps dans la vie professionnelle, pouvez-vous me dire si vous y seriez plutôt favorable ou plutôt pas favorable ?
  Plutôt
favorable
Plutôt pas
favorable
NSP
La possibilité pour la médecine du travail de faire un rapport annuel sur les causes du stress dans l'entreprise 85% 15% -
La création d'un compte-épargne temps pour consulter votre capital temps libre 70% 27% 3%
La compensation d'une éventuelle diminution de salaire due à la réduction du temps de travail par la possibilité d'un intéressement aux résultats de l'entreprise 60% 37% 3%
Une réduction d'un cinquième du temps de travail annuel en échange d'un allongement de la vie active 42% 57% 1%


RECAPITULATIF : PLUTÔT FAVORABLE Ensemble Salariés
du privé
Salariés
du public
La possibilité pour la médecine du travail de faire un rapport annuel sur les causes du stress dans l'entreprise 85% 82% 92%
La création d'un compte-épargne temps pour consulter votre capital temps libre 70% 71% 72%
La compensation d'une éventuelle diminution de salaire due à la réduction du temps de travail par la possibilité d'un intéressement aux résultats de l'entreprise 60% 60% 58%
Une réduction d'un cinquième du temps de travail annuel en échange d'un allongement de la vie active 42% 44% 37%


LES CONSEQUENCES DE LA NON-MAITRÎSE
DE SON TEMPS PROFESSIONNEL SUR L'EQUILIBRE DE VIE
Question : Vous m'avez dit avoir le sentiment de ne plus être le maître de votre temps dans votre vie professionnelle. Diriez-vous que cela nuit à... ?
  Total
oui
Oui,
beau-
coup
Oui,
un peu
Total
non
Non, pas
vrai-
ment
Non, pas
du tout
NSP
Votre vie familiale 69% 21% 48% 30% 17% 13% 1%
L'équilibre entre votre vie privé et votre vie professionnelle 65% 20% 45% 35% 18% 17% -
  Base : Ont l'impression de ne plus être maître de leur temps dans leur vie professionnelle, soit 48% de l'échantillon.


RECAPITULATIF : OUI Ensemble Salariés
du privé
Salariés
du public
Votre vie familiale 69% 72% 62%
L'équilibre entre votre vie privée et votre vie professionnelle 65% 66% 59%


LE NIVEAU DE CONSOMMATION D'EXCITANTS OU DE CALMANTS
Question : Dites-moi s'il vous arrive très souvent, assez souvent, rarement ou jamais... ?
  Total
souvent
Très
souvent
Assez
souvent
Total
rarement
+jamais
Rare-
ment
Jamais NSP
De consommer des excitants tels que le café, le thé ou des vitamines pour vous maintenir en forme 40% 18% 22% 60% 30% 30% -
De consommer des médicaments contre le stress 6% 2% 4% 94% 13% 81% -


RECAPITULATIF : SOUVENT Ensemble Salariés
du privé
Salariés
du public
De consommer des excitants tels que le café, le thé ou des vitamines pour vous maintenir en forme 40% 39% 42%
De consommer des médicaments contre le stress 6% 6% 7%


LE NIVEAU D'UTILISATION DE NOUVELLES TECHNOLOGIES DE LA COMMUNICATION
Question : Dites-moi s'il vous arrive très souvent, rarement ou jamais, d'utiliser les nouvelles technologies de la communication comme par exemple : Internet, e-mail, les courriers électroniques pour communiquer... ?
Total
souvent
Très
souvent
Assez
souvent
Total
rarement-jamais
Rarement Jamais
18% 7% 11% 82% 14% 68%


LE PRONOSTIC SUR LE NIVEAU DE STRESS
POUR L'AVENIR PROFESSIONNEL DE SES ENFANTS
Question : Et à l'avenir, pensez-vous que vos enfants travailleront dans des conditions plus stressantes ou moins stressantes que les vôtres ?
  Ensemble Salariés
du privé
Salariés
du public
Plus stressantes 81% 81% 82%
Moins stressantes 13% 14% 13%
Dans des conditions identiques 2% 2% 1%
Ne se prononcent pas 4% 3% 4%


CONCLUSIONS

1. Le stress : le lot quotidien des actifs

57% des personnes interrogées déclarent travailler dans des conditions stressantes. Si le stress semble aussi répandu dans le secteur public que dans le secteur privé (56% et 57%), existent cependant des différences.
Ainsi, les actifs les plus âgés semblent davantage exposés que les jeunes générations (64% auprès des 65 ans et plus contre 49% auprès des 18-24 ans). De même, les personnels d'encadrement (et exerçant des responsabilités) sont plus sensibles au stress que les personnels d'exécution (69% auprès des professions libérales et cadres supérieurs, 66% parmi les professions intermédiaires contre 52% parmi les employés et 47% parmi les ouvriers).

2. La cause principale du stress : la course après le temps

Interrogées sur les causes du stress, 31 % des personnes citent la course après le temps qui arrive loin devant la crainte de perdre son emploi (10%).
Cette course après le temps apparaît la plus stressante pour les cadres supérieurs et les professions intermédiaires (37%). Cette cause de stress est reconnue de manière similaire dans le privé (33%) et dans le public (30%). Néanmoins, des différences se font jour entre ces deux secteurs. Ainsi, si le contenu même du travail n'apparaît comme une cause du stress que pour 8% seulement des salariés du privé, ce taux monte à 22% dans le public, ce qui le fait apparaître comme la seconde cause de stress. A l'inverse, la crainte de perdre son emploi fait figure de facteur de stress pour 14% des salariés du privé et pour uniquement 7% de leurs homologues du public (on notera que cette proportion s'élève à 21 % parmi les 18-24 ans dont l'intégration dans la vie professionnelle n'est pas totalement acquise).
La course après le temps conduit à divers comportements fort répandus qui contribuent à entretenir le stress.
Ainsi, 59% des personnes interrogées déclarent travailler dans l'urgence, 54% considèrent que leur travail est fragmenté et qu'ils passent sans cesse d'une activité à une autre et 21% estiment qu'ils sont obligés de passer plus de temps au téléphone qu'à faire avancer leur travail.
Au total, près d'une personne interrogée sur deux (48%) a l'impression de ne pas maîtriser son temps. Cette non-maîtrise affecte l'équilibre personnel de ces individus. 69% d'entre eux pensent en effet que cela nuit à leur vie familiale et 65% à l'équilibre entre leur vie privée et leur vie professionnelle. Sont particulièrement exposés - les cadres supérieurs et les femmes (respectivement 87% et 73% pour les conséquences sur la vie familiale).

3. Le caractère anxiogène des nouvelles technologies

Le stress apparaît largement alimenté par l'émergence de nouvelles technologies qui incitent au 'toujours plus vite". 63% des personnes interrogées considèrent en effet que les nouvelles technologies de l'information et de la communication obligent à aller plus vite et augmentent le stress. Les actifs les plus âgés (67% chez les 35 ans et plus), ainsi que les employés (69%) et les ouvriers (70%) se montrent les plus stressés par le développement de nouvelles technologies.
Corollaire de ce "cycle infernal de la technologie et du stress", l'avenir apparaît comme relativement menacé en la matière. 81% des interviewés pensent, qu'à l'avenir, leurs enfants travailleront dans des conditions plus stressantes qu'eux.

4. Quelles solutions pour lutter contre le stress ?

85% des personnes interrogées seraient favorables à la possibilité, laissée à la médecine du travail de faire un rapport annuel sur les causes du stress dans l'entreprise. Cette thématique d'une médicalisation du stress se retrouve également à d'autres niveaux. Ainsi, 40% des actifs déclarent consommer très souvent ou assez souvent des excitants comme le café, le thé ou des vitamines pour se maintenir en forme. En Parallèle à cela, 6% affirment consommer très ou assez souvent des médicaments contre le stress.
Autre réponse médicale au stress : 14% des actifs déclarent avoir demandé ou pris un arrêt de travail car ils étaient épuisés nerveusement. Cette proportion, non négligeable, se situe globalement au même niveau dans le secteur public (13%) et dans le secteur privé (15%). On notera que les femmes semblent beaucoup plus concernées que les hommes (20% chez les femmes contre 10% chez les hommes).
D'autres réponses mais non-médicales sont également envisagées pour lutter contre le stress. On observe que 70% des actifs seraient favorables à la création d'un compte-épargne temps pour constituer leur capital temps-libre. Cette proposition suscite un intérêt massif parmi les professions libérales et les cadres supérieurs (80%) comme parmi les employés (78%).
Autre proposition jugée intéressante par 60% des actifs : la compensation d'une éventuelle diminution de salaire due à la réduction du temps de travail par la possibilité d'un intéressement aux résultats de l'entreprise. A l'inverse, la réduction d'un cinquième du temps de travail annuel en échange d'un allongement de la durée de la vie active ne recueille les faveurs que de 40% des personnes interrogées. Les positions concernant cette proposition sont néanmoins très clivées. Ainsi, 47% des femmes interrogées se déclarent favorables à cette mesure contre seulement 37% des hommes. De même, si les classes d'âge les plus âgées (et donc les plus proches de "la sortie" de la vie active) y sont le moins favorables (37%), les plus jeunes quant à eux se montrent plus intéressés (47% parmi les moins de 35 ans).

NOTE METHODOLOGIQUE

Etude réalisée par l'IFOP pour Eurotechnopolis Institut
Dates de terrain : les 12 et 13 février 1998
Echantillon de 468 personnes, représentatif de la population des actifs occupés âgés de 18 ans ou plus
Méthode : La représentativité de l'échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de l'interviewé) après stratification par région et catégorie d'agglomération. Les interviews ont eu lieu par téléphone au domicile des personnes interrogées.

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