L'IMPACT DES NOUVEAUX TEMPS MODERNES


Sondage IFOP / Eurotechnopolis Institut



Le stress est un des grands maux qui mine les individus dans leur vie professionnelle. Ce thème a été étudié dans toutes ses dimensions dans « Le Syndrome de Chronos, du mal travailler au mal vivre » en s'appuyant sur une étude d'impact des NTIC sur l'organisation du temps individuel et collectif.

Il fait l'objet aujourd'hui d'un sondage réalisé par l'IFOP à la demande d'Eurotechnopolis Institut, auprès de 468 actifs de plus de 18 ans interrogés par téléphone à leur domicile les 12 et 13 février 1998.

Il s'agit de mieux connaître les attitudes sur le stress et la gestion du temps dans la vie professionnelle, d'envisager les possibilités d'améliorer celle-ci, les conséquences de la non-maîtrise du temps professionnel sur l'équilibre de la vie en général, de cerner la consommation d'excitants ou de calmants, d'évaluer le niveau d'utilisation des NTIC et leur pronostic sur le niveau du stress dans l'avenir professionnel de leurs enfants.

Le stress, lot quotidien des actifs

Les résultats de ce sondage montrent combien les symptômes sur lesquels s'est penché « Le Syndrome de Chronos » sont perçus comme des facteurs de stress par la population active française.

Ainsi 57% des personnes interrogées estiment accomplir leur travail dans des conditions stressantes. Les actifs les plus âgés semblent davantage exposés que les jeunes générations (64% pour les 50-64 ans contre 49% pour les 18-24 ans). De même, les personnels d'encadrement ou exerçant des responsabilités sont plus sensibles au stress que les personnels d'exécution (69% pour les professions libérales et cadres supérieurs, 66% pour les professions intermédiaires contre 52% parmi les employés et 47% parmi les ouvriers).

La cause principale du stress : la course après le temps

Quelles sont, à leur avis, les raisons principales de ce stress ? Dans la liste des causes proposées chaque sondé n'a droit qu'à une seule réponse. ce qui permet une forte hiérarchisation des motifs. La course après le temps (citée par 31% des personnes) arrive loin devant les autres.

La pression exercée par les clients ainsi que le contenu même du travail sont cités comme facteur principal de stress chacun par 15% de l'ensemble des personnes interrogées, avec de fortes variations par catégorie professionnelle.

D'autres réponses possibles apparaissent moins démonstratives : la pression exercée par le supérieur hiérarchique (11%), la crainte de perdre son emploi (10%), le fait d'être souvent dérangé au téléphone (6%) et la fragmentation du travail (5%).

L'impact des NTIC au niveau de l'individu et de l'entreprise

Près des 2/3 (63%) des personnes interrogées estiment que les NTIC « obligent à aller plus vite » et augmentent le stress. Cette appréciation est assez contrastée selon les individus, comme le montre le graphique ci-dessous :

graphique

La description des manifestations du malaise donne un panorama plus exhaustif des formes multiples que revêt ce « mal travailler ».

L'urgence dans le travail touche 59% des personnes sondées, avec peu de variations selon l'âge ou la profession ; plus de la moitié (54%) estiment que leur travail est fragmenté, passant sans cesse d'une activité à une autre.

Les deux tiers des artisans et commerçants souffrent de ne pas être maître de leur temps, alors que ce phénomène touche en moyenne la moitié des personnes interrogées, les catégories les moins atteintes étant les ouvriers et employés (47% et 41%). Ce mésusage du temps nuit à la vie familiale et à l'équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle d'un tiers de la population active, mais seulement de 13% des jeunes entre 18 et 24 ans.

Une personne sur cinq a conscience qu'elle passe plus de temps au téléphone qu'à faire avancer son travail, sentiment plus fortement ressenti chez les professions intermédiaires et employés (27% et 26%). L'obligation récente de communiquer intensément par téléphone représente en effet un changement important dans les façons de travailler de ces catégories professionnelles.

L'épuisement nerveux est devenu pour une personne sur six une cause d'arrêt de travail ou de mise en congé, avec une proportion double des femmes (20%) par rapport aux hommes (10%). Cette thématique d'une médicalisation de la vie active pour cause de stress se retrouve dans d'autres comportements, 40% de l'ensemble déclarent consommer des excitants comme le café ou le thé ou des vitamines pour se maintenir en forme et 6% prennent des médicaments contre le stress.

Quelles solutions pour lutter contre le stress ?

Parmi les solutions développées dans « Le syndrome de Chronos » pour améliorer une telle situation, quelles sont celles qui ont reçu le plus d'opinions favorables ?

L'établissement par la médecine du travail d'un rapport annuel sur les causes du stress dans l'entreprise est largement plébiscité par 85% des sondés. Puis viennent par ordre décroissant : la création d'un compte épargne-temps pour constituer un capital de temps libre (70%), largement appréciée par les professions libérales et cadres supérieurs (80%) comme par les employés (78%), la compensation d'une éventuelle diminution de salaire due à la réduction du temps de travail par un intéressement aux résultats de l'entreprise (60%), plus estimée par les professions libérales et cadres supérieurs (71%) et relativement boudée (48%) par les 50-64.

Enfin 42% sont favorables à une réduction d'un cinquième du temps de travail annuel en échange d'un allongement proportionnel de la vie active.

Les nouvelles technologies de la communication comme les messageries électroniques ou Internet restent encore peu utilisées en France avec 18% pour les échanges professionnels.

Et l'avenir ?

La grande majorité (81%) se montre pessimiste et estime que les conditions de travail de leurs enfants seront encore plus stressantes que celles d'aujourd'hui. Des différences notables existent selon les types de populations pour les visions plus optimistes des conditions de travail de la prochaine génération : 17% des professions intermédiaires, des ouvriers et des jeunes entre 18 et 34 ans pensent que leurs enfants travailleront dans des conditions moins stressantes que les leurs, alors que les 50-64 ans qui savent déjà comment travaillent leurs enfants n'émettent qu'à 4% des espérances d'amélioration.

Le stress n'est pas considéré comme un élément important en France alors qu'il est reconnu outre-Atlantique comme la première cause du développement des maladies professionnelles. Avec l'accélération de la diffusion des technologies, les Français ne pourront pas longtemps éviter une vision plus contemporaine des temps du travail.

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