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L'informatique étant largement répandue dans l'univers du travail, certaines pathologies ont été mises en évidence : fatigue visuelle, bruit, exposition aux rayonnements des écrans, fatigues musculaires liées à la conformation des postes de travail, etc. On pourrait ainsi croire qu'une plongée totale dans l'univers informatique et des NTIC (Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication), dans le virtuel à grande échelle (simulation, communication, modélisation, etc.) est maintenant bien connue, tant sur ses aspects techniques que sur son influence sur l'individu. Oui mais...
L'homme reste l'opérateur de cette mécanique fonctionnelle ; il est même au centre de cette logique et de cette efficacité. En s'immergeant totalement dans ce Virtuel efficace, il lui semble pouvoir multiplier sa force créative et créatrice jusqu'aux limites des machines.
Pourtant, l'homme, lui, n'est pas "construit" comme une machine : il a besoin d'irrationnel, d'affectif, de flou, d'imaginaire, pour son équilibre global. En effet, le Virtuel informatique et technologique total comme mode de vie coupe l'individu des réalités humaines ; une longue discussion au téléphone, productive et amicale, ne remplace pas le sourire de l'ami avec qui on boit un verre. La puissance d'un "seigneur des réseaux" est parfois peu de choses par rapport à la poignée de main d'un collègue.
En toutes choses, même devant l'attrait des nouvelles technologies, il faut savoir ménager sa propre humanité et ses contacts humains véritables. Il est impératif de se "déconnecter" régulièrement, en agissant à l'opposé de ce que le Virtuel fait de nous: travailler manuellement, faire du sport, pratiquer des arts, se faire plaisir avec des choses simples et proches.
Ce qui arrive sinon, c'est un emprisonnement total dans cette logique de la machine, qu'en fait l'homme le plus solide n'est pas capable de supporter sans ressentir ce qui arrive dans toute situation carcérale. On retrouve en vrac névrose, angoisse, et même profonde dépression nerveuse et troubles psychosomatiques importants... Il existe des "télénévroses", des "télédépressions" que le meilleur des réseaux ne saurait normaliser... Coupé progressivement de la réalité de son environnement proche, le networker acharné, accro des ordinateurs perd la plupart de ses repères vitaux. Ce qui engendre des pathologies psychiatriques quel que soit le passé affectif et intellectuel du "malade". L'homme, finalement, ne peut s'épanouir réellement dans le virtuel. Il n'y acquiert au contraire qu'un comportement imprégné de beaux concepts, mais totalement invivable.
Ceci est d'autant plus difficile à guérir que les télécommunications, la réalité virtuelle, donnent une parfaite illusion de "réalité" qui arrive à faire perdre chez le sujet le plus solide réalisme. Pour un individu ayant connu d'autres repères, et des habitudes normales et sécurisantes de vie quotidienne, une guérison est possible (mais prend du temps, comme tout désordre psychologique) mais que seront les futurs adultes que sont les adolescents qui s'enferment sans discernement dans la réalité virtuelle des jeux vidéo, des télécommunications, et des nouvelles technologies ? Vidéopsychose, télénévrose, ou autres troubles graves du comportement pour l'instant imprévisibles ?
N'allez pas croire qu'il s'agisse là d'affirmations dénuées de fondements. Certains networkers "accros" qui ont développé ce type de pathologie ont jusqu'à 200 000 connexions au compteur, ce qui représente des milliers d'heures sur différents et nombreux réseaux, à toute heure du jour et de la nuit.
Leurs limites, c'est une simple question de bon sens, sont simplement les nôtres : il ne faut jamais se déconnecter de l'humanité ; si un simple "reset" peut réinitialiser une machine, pour l'homme, c'est beaucoup plus difficile !
Jean-Paul Chartier
 
En permettant une diffusion plus large de l'information, et donc des éléments de la décision, la technologie conduit à une véritable re-distribution du pouvoir dans les entreprises.
Au cours des années qui viennent, il devrait en résulter des bouleversements dans le monde du travail, bouleversements qui redonneront à l'individu une place que l'ère industrielle lui avait trop souvent ravie. En particulier, l'arrivée de la micro-informatique et des réseaux a permis aux entreprises, poussées par la crise, de donner une importance déterminante à la compétence, et ce à tous les niveaux, entraînant de nouvelles concurrences : c'est ce qu'on pourrait appeler la "nouvelle donne" ("New Deal") technologique.
Les premier effets de cette "nouvelle donne" se sont produits au sein même des entreprises, avec l'arrivée, au début des années 80, de la micro-informatique.
Contournant l'informatique classique, un nombre croissant de cadres s'équipèrent de micro-ordinateurs, avec lesquels ils réalisaient seuls, sans attendre, des traitements pour lesquels le service informatique leur demandait des délais parfois longs.
De la micro aux réseaux Soucieux de contrôler cette "intelligence répartie" qui leur échappait, les informaticiens développèrent les réseaux, avec l'intention de transformer ces micro-ordinateurs en terminaux dépendants des systèmes centraux. Ce faisant, loin de créer les systèmes "hiérarchisés" dont ils rêvaient, ils mirent en place, peu à peu, de vastes réseaux, où chaque ordinateur, travaillant de façon autonome, se connecte pour collecter les données dont il a besoin ou communiquer le résultat de son travail.
Aujourd'hui, les réseaux sont partout. Non seulement au sein des entreprises, mais au dehors. Car très vite ils en ont franchi les limites, permettant la liaison avec les employés "nomades", c'est-à-dire tous ceux qui ont vocation à travailler au contact de la clientèle, et avec les divers partenaires de l'entreprise (fournisseurs et sous-traitants, comptables, banquiers, conseils). Avec eux, les messageries se sont développées, et les "collecticiels" arrivent.
Cet avènement brutal de la micro-informatique et des réseaux (une douzaine d'années seulement se sont écoulées depuis le début du phénomène !) a obligé les entreprises à une refonte complète. Leurs organisations ont été bouleversées par la répartition de l'"intelligence" qui entraînait la responsabilisation des niveaux subalternes.
Des réseaux informatiques aux réseaux d'entreprises Par ailleurs, la crise économique a poussé les entreprises à revenir sur leurs métiers propres, ce qui a été facilité par la présence des réseaux informatiques. Ces derniers ont permis l'"externalisation" des tâches les plus diverses sans pénalisation, ni en termes de délais, ni en termes d'efficacité. Bien au contraire. Cela va du "facilities management", pour la gestion des systèmes informatiques et télématiques, au télésecrétariat, en passant par le télé-accueil téléphonique.
Ce mouvement conduit à une amélioration globale des prestations effectuées par les différents partenaires. L'entreprise consacre l'essentiel de ses efforts à améliorer son savoir-faire propre, parce qu'elle confie les tâches secondaires à des sous-traitants qui, eux-mêmes, sont spécialistes d'un métier unique et qui, à leur tour, font appel à d'autres spécialistes pour les tâches annexes... : les réseaux d'ordinateurs conduisent aux réseaux d'entreprises.
Si cette industrialisation des services a pour effet d'obliger l'exécutant d'une tâche précise à améliorer constamment la qualité de ses prestations, c'est parce que, ayant avec ses clients des relations contractuelles - et n'étant pas, ou plus, leur employé - il peut voir à tout moment sa collaboration remise en cause, pour peu qu'un concurrent propose un meilleur rapport qualité/prix. Plus de "rentes de situation", mais la reconnaissance de la vraie compétence.
La compétence seule reconnue Au sein de l'entreprise elle-même, on va assister au même phénomène. Toujours grâce aux réseaux, qui conduisent à l'éclatement des sociétés en de multiples établissements, repartis sur le territoire en fonction des besoins de chaque unité. Cet éclatement, conduisant à une généralisation du télétravail pour les employés "sédentaires", entraînera aussi vraisemblablement, de plus en plus, une appréciation du travail à la tâche, et non au temps passé.
La compétence devenant le principal critère d'évaluation, en interne comme en externe, cela va nécessairement exacerber les concurrences. Non seulement au niveau des individus ou des entreprises, mais aussi au niveau international. On l'a souvent dit : les télécommunications permettent aux Malaisiens, Mauriciens ou autres Indiens de nous vendre leurs prestations, au détriment de travailleurs de notre pays. A l'inverse, cela peut aussi faciliter l'exportation de services "made in France".
Le monde devient donc un "village global" ; village est bien le terme qui convient : autrefois on y trouvait des artisans, qui devaient leur prospérité à la qualité de leur travail ; demain on y trouvera des spécialistes, qui devront eux aussi leur prospérité à leur compétence. Entre temps, il y a eu l'intermède de l'ère industrielle, avec ses conglomérats "déresponsabilisants".
En redonnant à l'homme le pouvoir de décider, la "nouvelle donne" technologique oblige ce dernier à assumer une nouvelle place dans le monde du travail : tel est l'enjeu de cette fin de millénaire.
Lucien de Salagnac
 
Les NTIC (Nouvelles technologies de l'Information et de la Communication) ne manqueront pas d'influencer nos modes de consommation audiovisuelle. Des lignes de force apparaissent. Les grands acteurs publics ou privés se positionnent. Leurs choix seront aussi des paris.
Tout commence vraiment avec la compression numérique. Une technologie désormais bien maîtrisée dont on sait qu'elle va permettre de multiplier le nombre de canaux sur les réseaux câblés et les satellites. Demain, nous aurons donc 200 à 300 canaux disponibles.
Quels programmes verrons-nous transiter dans ces tuyaux ? Les regards se tournent naturellement vers les marchés les plus matures de la télévision : les États-Unis et le Canada. Là-bas les chaînes thématiques ont fleuri. On y trouve des chaînes consacrées aux services, informations routières, météorologiques, financières ou culinaires, et des chaînes destinées à des publics spécifiques, les enfants, les femmes, les amateurs d'art, de sport, de science-fiction... Les ciblages les plus fins et les plus inattendus sont désormais possible.
Et si tout cela ne suffit pas à saturer le système, certains canaux peuvent utilement être associés pour la multidiffusion de films, ainsi une chaîne diffusant cinq films par jour à intervalle de 15 minutes nécessiterait 50 canaux.
En sera-t-il de même dans notre vieille Europe, et plus particulièrement en France ? Pas nécessairement. Le Pay Per View (paiement à la séance) fait également son apparition grâce au Visiopass. Mais si la logique technique autorise à priori tous les projets, elle bute sur une logique économique. Force est de constater que dans l'état actuel de l'infrastructure du câble et du satellite en France, l'équilibre financier n'est pas toujours facile à atteindre. Les négociations tendues entre futurs opérateurs de chaînes et cablo-distributeurs sur le partage des revenus en témoignent. La plupart des projets restant nationaux, la fragmentation de l'audience n'a pas la même incidence qu'aux États-Unis où elle concerne un marché de plus de 250 millions d'habitants. Et même Outre-Atlantique, certains doutent. Notamment ceux qui pensent en termes de production d'images. Un responsable de CNN faisait ainsi remarquer qu'il faudrait chaque jour quelques 600 heures d'images inédites pour alimenter en continu un réseau d'un centaine de chaînes ; or la production en 1994 se situe sous la barre des 200 heures/jour en inédit.
Mais pour certain, l'eldorado audiovisuel de demain a déjà un nom : la vidéo à la carte (en anglais VOD, video on demand). Il s'agit ni plus ni moins que d'offrir à chaque foyer une vidéothèque. Virtuellement bien sûr, en s'appuyant sur le développement des autoroutes de l'information. Le concept d'autoroute électronique recouvre à la fois la circulation bidirectionnelle des signaux de hauts débits et une nouvelle technologie qui permet d'unifier l'ensemble des réseaux (locaux, étendus, privés, publics) et des flux (données, images, voix) dans une architecture unique : l'ATM (Asynchronous Transfer Model).
L'ATM est une méthode de transmission et de communication de données dont le principe de base est la cellule. Celle-ci, à la différence de ses ancêtres, le paquet et la trame, a une longueur constante de 53 octets. Toutes les cellules constituent un circuit virtuel défini au moment de la demande de transport (par exemple, l'appel d'un abonné). Il reçoit une identification qui permet de la diriger vers son destinataire. Les cellules qui se suivent sur la ligne d'un réseau peuvent être d'origines diverses. Le transport est asynchrone : les cellules n'ont pas de place précise dans le temps et il n'y a pas de lien entre l'information véhiculée et le temps. Toute communication peut emprunter la liaison, quel que soit son débit, à la condition de trouver suffisamment de cellules pour charger son information.
La technologie va donc faire converger le téléphone, la micro-informatique et la télévision. Mais d'aucuns font déjà remarquer que chacun de ces domaines procède d'un métier industriel différent. Qui doit prendre l'initiative ? Pour Gérard THERY la réponse est toute trouvée pour l'hexagone : France Telecom a vocation à lancer un grand programme d'investissement. Du côté de l'opérateur public, l'enthousiasme est beaucoup moins prononcé. On y fait remarquer que les grands projets pharaoniques sont quelque peu passés de mode.
La technologie ne doit pas faire perdre de vue le consommateur. Que les entreprises soient de plus en plus sensibles aux charmes de l'ATM, cela se conçoit mais le particulier dans son salon ? Sait-on vraiment ce qu'il recherche ? A-t-il besoin d'une interactivité généralisée ? Quelle sera sa réaction face aux boîtiers de réception, les "set top converters", ces ports d'arrivée de l'autoroute, qu'une multitude de sociétés high tech concoctent aujourd'hui ? Ces boîtes noires auront des fonctions de régie domestique qui permettront de déchiffrer le raz de marée de données numériques qui va nous submerger. Encore faudra-t-il qu'elles soient de manipulation simple. Ne dit-on pas qu'un utilisateur sur deux ne sait déjà pas programmer son magnétoscope ! Aujourd'hui personne ne peut dire qui remportera la course à la régie domestique. Il ne s'agit pas seulement d'une question de technologies mais également d'un pari sur l'application dont le rapport qualité/prix lui permettra de s'imposer dans le grand public et sur le dispositif de distribution qui aura la préférence des utilisateurs pour accéder à ce service.
Alors que Time-Warner peine au démarrage de son très ambitieux et très médiatique projet d'Orlando (un cocktail de fibre optique et d'ATM) pour une télévision interactive, alors que les premiers tests de vidéo à la demande s'avèrent décevants compte tenu de la rentabilité négative de canaux vidéo à la demande, un nouveau venu pourrait déstabiliser les ambitions de certains cablo-opérateurs. La société EMC3 - Entertainment Made Convenient 3, le 3 faisant allusion à Commodité, Contrôle et Choix - propose discrètement un système de transmission qui se sert du câble, du satellite et du téléphone pour alimenter en films un nouveau type de magnétoscope. Ce service vise clairement le marché de la vente et de la location de cassettes vidéo, un marché qui a représenté aux États-Unis en 1993, 34,8% des 37,8 milliards de dollars dépensés en images (à comparer avec 14% pour les chaînes payantes et 1,1% pour le Pay Per View).
Le système utilise des techniques de compression qui permettent de transmettre un film de 100 minutes en 5 minutes. Enregistrées sur les nouveaux magnétoscopes domestiques, les cassettes pourront être visionnées deux fois avant que les films ne soient automatiquement effacés sauf si le consommateur préfère l'achat auquel cas la fonction effaçage est désactivée. L'idée consiste à faire évoluer le marché du magnétoscope et de la location vidéo qui n'offre par un degré de commodité, de contrôle et de choix suffisant. Le service EMC3 serait introduit comme une location électronique vidéo à domicile. Au fur et à mesure que la consommation augmenterait et que l'habitude se développerait, d'autres services et d'autres équipements d'enregistrement (lecteur de CD-ROM, micro-ordinateur...) seraient introduits. Le système a été testé avec un magnétoscope prototype fabriqué par Hitachi.
Une exploitation via le câble ou le satellite semble immédiatement réalisable. La plupart des fabricants japonais et coréens de magnétoscopes ont formalisé leur intérêt. Des négociations sont en cours entre EMC3 et certains grands acteurs américains du multimédia. Des contacts ont également été pris en Europe. Ainsi si tout se déroule conformément aux plans des initiateurs du projet, le service devrait être lancé en 1995 aux États-Unis, avant d'être proposé en Europe. La vidéothèque virtuelle deviendra une réalité.
Gérard Schoun
 
Tel était le titre d'une manifestation qui réunissait, le 3 février dernier, quelques experts et responsables des ressources humaines à l'initiative d'Eurotechnopolis Institut et de Leroy Consultants.
Le télétravail reste analysé ou mis en oeuvre comme si la libération par les télécoms des temps et des espaces contraints était le seul facteur qui impacte le travail. D'où d'ailleurs son intérêt pour les aménageurs du territoire. Le raisonnement reste alternatif, mécaniste, néo-tayloriste. On travaille au bureau ou à la maison, à la ville ou à la campagne, avec la possibilité d'être un télétravailleur. Quoiqu'il faut disposer de liaisons télé-informatiques pour réaliser à distance une tâche en dehors de toute surveillance.
Navrantes limitations qui nous empêchent de voir que le travail est en train de se transformer, et le télétravail - le travail à distance grâce aux télécoms - de se généraliser. Ce qui nous empêche aussi de percevoir l'importance d'innover dans certaines formes d'organisations, plus originales, alors que des hommes de plus en plus nombreux travaillent en coopération, et à distance, alors que les notions de la spécialisation des espaces de travail, comme celles du dedans/dehors l'entreprise, disparaissent peu à peu sous l'influence des réseaux électroniques.
En créant de véritables réseaux de télétravailleurs, le travail et la valeur ajoutée se sont installés dans les "networks", notamment avec les communautés et les entreprises virtuelles. Les mutations du monde du travail nécessiteront de plus en plus la coopération et la mutualisation des ressources entre les entreprises. Le télétravail est aussi une façon de mutualiser les ressources humaines, les compétences.
Le Télétravail s'inscrit dans une logique de transformation générale du travail Il deviendra une pratique courante, à gérer dans la durée.
La lecture de la presse quotidienne est édifiante. Pas de jour sans que soit proposées des dizaines voire des centaines d'emplois de "télétravail" encore impensables voilà moins de vingt ans. Ce sont des emplois de télé-acteurs, d'accueil téléphonique, de télé-vente, d'opérateurs de "hot line" pour des services après-vente aussi divers que la maintenance bureautique ou l'assistance aux problèmes posés par un jeu vidéo.
Des "sysops" animent des groupes de travail et de discussions à distance, d'autres s'avisent de former leurs collègues ou leurs clients par un usage sans cesse plus intensif des télécommunications. Des designers et des ergonomes de Hewlett Packard, des ingénieurs, des analystes de la valeur de Général Motors installés dans plusieurs pays travaillent ensemble via le "Network" maison. D'ores et déjà des milliers d'ingénieurs, de chercheurs du monde entier travaillent et coopèrent ensemble grâce à des réseaux électroniques. En 1992, selon IDC, 3 millions de personnes en France communiquaient à distance avec leurs entreprises.
Cette rupture des temps et des espaces de travail spécialisés démontre une adaptation discrète mais régulière de notre société aux transformations du travail moderne. Transformations bien évidemment favorisées par la diffusion des technologies de l'information dans les foyers et par une attitude différente des entreprises vis à vis du présentéisme.
Les mutations en cours bouleversent nos repères habituels. On peut légitimement se demander si cette question du télétravail qui associe en permanence le télétravail au "travail à domicile" ne risque pas d'apparaître rapidement réductrice. Le succès des outils nomades, de la bureautique personnelle, (environ 20% de taux d'équipement dans les foyers), notamment auprès des jeunes qui prennent l'habitude de les utiliser - habitude qui se maintiendra sans doute durant leur vie professionnelle - puis le développement fulgurant des connexions sur les lignes de la "sono mondiale" favorisent les applications du bureau virtuel.
Elles feront de nous de véritables télétravailleurs, des Nomades Électroniques alors que la spécialisation des espaces de travail s'en trouvera définitivement remise en question.
La question désormais est de savoir comment pourront être utilisés et gérés ces nouveaux espaces de liberté dans un monde du travail en complète mutation. Comment réorganiserons-nous les modes de travail de demain ? Après une période d'apprentissage difficile liée à d'importants investissements en matière de Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication (NTIC) les entreprises découvrent progressivement les prodigieuses - et nouvelles - possibilités offertes aux organisations qui se débarrassent de la gangue néo-tayloriste pour fonctionner et travailler différemment.
Le succès du "reengineering" aux États-Unis n'a pas d'autres raisons. La mise en oeuvre du télétravail s'inscrit dans cette logique de projet de réingénering : il s'agit de repenser fondamentalement la réorganisation et le redéploiement de la force de travail. Ce qui ne sera pas simple.
Contourner les rigidités du monde du travail On s'accorde en général pour considérer le télétravail (TLW) comme un projet de flexibilité interne et de réduction des coûts pouvant aller jusqu'au redéploiement géographique des tâches et des ressources (délocalisation) pour des personnels ou des agents d'une entreprise.
Aussi faut-il souligner que la flexibilité interne offerte par le télétravail, en matière de gestion de l`espace-temps, se heurte vite aux limites d'une opération de délocalisation ou de redéploiement des ressources d'une certaine ampleur. Le télétravail est d'abord un projet d'organisation. A ce titre, il impacte, parfois profondément, l'entreprise et ses traditions.
Ceci va expliquer pourquoi sous le terme impropre de télétravail on observera une prédominance écrasante des projets de créations de pôles de services nouveaux. Lors d'une étude récente d'Eurotechnopolis, sur 57 projets recensés, 42 relevaient de la création d'activités de services à distance plutôt que du redéploiement endogène de ressources humaines.
Cela se comprend. Ces activités de services sont moins sujettes à conflits qu'une opération de réorganisation de la production par le télétravail. Par ailleurs l'éclatement de la production de tâches administratives peut s'avérer rapidement délicat compte tenu des surcoûts engendrés par le suivi, l'assistance et le contrôle qualité, des difficultés opératoires liées à l'absentéisme, à la gestion des "en-cours", etc.
D'où un premier constat que, si les applications de redéploiement des ressources humaines s'articulent autour de deux grands axes, le télétravail et les téléservices, ce sont les seconds qui sont, et de loin, les plus nombreux... et les plus connus, sous le terme - usurpé - de télétravail !
Second constat qui ne devrait pas être surprenant, de très nombreuses initiatives ont été prises par des entreprises, mais elles restent peu connues de la presse et du grand public.
Ce sont des entreprises qui ont conduit discrètement des opérations de télétravail afin de réduire les coûts (cost cutting) ou afin d'obtenir de la flexibilité de leurs ressources humaines. Elles ne souhaitent pas en faire la publicité. Certaines entreprises ne s'intéressent pas à ces sujets mais elles font "de la prose sans le savoir". Elles organisent leurs ressources et développent leurs affaires en s'appuyant sur les NTIC. D'autres, enfin, conduisent des opérations réorganisation dans le cadre de la mise en réseau de leur entreprise. Ce qui aura par contre-coup des conséquences sur l'organisation de leurs ressources humaines, avec risque réel de réduction des effectifs.
Résoudre le conflit entre l'économique et l'emploi Tout projet de télétravail doit résoudre le dilemme entre productivité ou développement en étant clair sur ses impacts supposés sur les effectifs. Car la crainte des effets de la productivité sur les effectifs, s'ajoute aux facteurs qui freinent ou bloquent tout projet hors normes de redéploiement des moyens. Et le télétravail est un projet "hors normes" !
Il faut donc trouver des applications du télétravail qui répondent aux objectifs des entreprises tout en limitant les craintes de licenciements. Nombre des solutions misent en oeuvre ont relevé d'une politique de flexibilité interne/ externe des emplois, et du travail, afin de contourner les obstacles des freins internes qui restent considérables.
Dans un contexte tendu par les mutations structurelles du monde du travail, les entreprises pour faire face aux contraintes d'une saine exploitation vont devoir arbitrer au sein d'un triangle : effectifs/frais généraux/chiffre d'affaires. Ce qui les obligera à donner à leur politique de redéploiement des tâches et des ressources une ampleur dont le télétravail ne représenterait qu'une facette d'une véritable réflexion sur "l'ingénierie des Ressources Humaines".
D'où des arbitrages qui mettront ; soit l'accent sur le télétravail en redéployant les ressources ou les tâches à effectifs et chiffres d'affaires constants en agissant essentiellement sur la rentabilité du capital et la réduction des frais généraux ; soit l'accent sur la création de pôles d'activités nouveaux par essaimage, embryonnage afin d'agir, aussi, sur le périmètre du chiffre d'affaires et des effectifs qui seront parfois externalisées par ces opérations. Ou encore un mix des deux.
D'autant que le télétravail et les (télé)services ont un point commun : ils constituent un ensemble de possibilités nouvelles en matière d'ingénierie des Ressources Humaines en favorisant l'un et l'autre la mutualisation des ressources et des services et la rentabilité des capitaux investis dans les services.
On a pu ainsi voir des entreprises associer la mise en oeuvre du télétravail à des opérations d'essaimage, de temps partiel, d'externalisation partielle des tâches, etc. La question posée revient à dire : comment puis-je repenser fondamentalement et optimiser l'organisation de mes ressources humaines en conciliant productivité et développement grâce aux NTIC ? Ces approches constituent une véritable révolution organisationnelle pour les entreprises qui fonctionneront en mode de réseau.
En conclusion, on comprend l'importance pour les entreprises d'abord de bien comprendre les enjeux des politiques qui seront les leurs en matière de Télétravail - qui relève d'une politique de flexibilité interne des emplois et du travail - de celle des (Télé)services, qui renforcent leur développement, leur présence auprès de leurs clients.
En d'autres termes, on peut dire que le télétravail, en offrant une respiration nouvelle des organisations préserve une option politique essentielle : c'est l'emploi dans l'entreprise. Alors que le développement des (Télé)services aboutit à une autre option politique tout aussi essentielle dans le cadre d'une opération de redéploiement des ressources : l'emploi par l'entreprise.
C'est dans cette double perspective, dont celle de la mutualisation des services, encore insuffisamment explorée dans des entreprises virtuelles, que les entreprises doivent gagner en flexibilité. Voilà pourquoi nous insistions en introduction sur le fait que le télétravail ne se réduisait pas à une délocalisation occasionnelle du travailleur à domicile. Le télétravail, qui recouvre aussi les notions de travail coopératif à distance, ouvre en réalité un champ immense de possibilités nouvelles à l'entreprise pour réduire ses frais généraux, diminuer ses immobilisations, et faire circuler les tâches immatérielles entre pôles de compétences grâce à un redéploiement judicieux de sa force de travail. Mais cela ne sera possible qu'en faisant preuve d'une inventivité nouvelle dans les organisations du travail.
Denis Ettighoffer
 
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