La lettre d'Eurotechnopolis
  N° 8 - PRINTEMPS 1996  

La simulation, industrie phare du XXIe siècle

Nous assistons à la naissance des industries de la simulation qui se cherchent encore et dont l'envol est sans doute aussi loin de son apogée que ne l'était Ampère, lorsqu'en 1820, il imaginait les futures utilisations de l'électricité.

Nous savons que la société du XXIe siècle fonctionnera dans un univers où le signe simulera le réel. La création de l'illusion va devenir le mode dominant de la compréhension du réel, du sens caché des choses, du partage économique des savoirs et du travail à distance. Les ordinateurs et les réseaux nous permettent de manipuler, de façonner, à moindre coût, le matériau essentiel du multimédia, la virtualité.

Grâce aux industries nouvelles de la simulation, l'abstrait devient concret, l'invisible, visible ; l'objet façonné est numérisé et transite longuement dans des ordinateurs avant d'être fabriqué. L'apprentissage passe par la simulation informatique des faits et des situations passés ou prévisibles. Les découvertes à venir s'appuieront, et de plus en plus, sur de véritables cobayes virtuels qui faciliteront la recherche. Des scientifiques du monde entier utilisent désormais la simulation pour des recherches sur les rhumatismes, les mutations immunologiques, la vie artificielle.

Des ateliers logiciels de la "virtualité" engendrent une nouvelle industrie de composants numériques multi-médias. L'enjeu est de faire baisser le coût de fabrication des logiciels-objets en permettant la réalisation de micro-composants numériques inter-façables. Aussi, de même qu'il existe toute une industrie de composants mécaniques et électriques, il existera une industrie de composants numériques.

La simulation est devenue un facteur de productivité industrielle. Dans la fabrication du 777, premier avion de Boeing à avoir été entièrement conçu par utilisation intensive de la simulation, on a évité ainsi la construction de plusieurs milliers de maquettes en aluminium. Ce procédé de maquettage virtuel est aujourd'hui appliqué par Renault qui pratique "l'emboutissage virtuel".

La demande se développe de façon considérable. W. Industries, entreprise spécialisée dans la fabrication de virtuality machines, basée à Lercester (Grande-Bretagne), prévoit que la moitié de ses revenus sera le fait d'applications de la simulation pour l'industrie. Cette dernière sera alors en mesure d'utiliser des capacités de simulation en temps réel afin d'améliorer la productivité de la conception de nouveaux produits. Grâce à ces fournisseurs de "réalité virtuelle", il sera possible non seulement de réduire le coût des prototypages, mais aussi ceux des études de marchés.

Les applications de la réalité virtuelle au commerce électronique favoriseront la vente à distance. Des visiteurs du dimanche se promèneront dans des univers simulés qui présenteront des équipements, des agencements d'appartements, des produits, qui seront parfois encore au stade de l'étude et du prototypage. Grâce à la modélisation numérique, des entreprises télé-porteront leurs produits virtuels afin de réduire leurs coûts commerciaux, de stockage et de fabrication.

Les applications de la simulation vont permettre d'utiliser des interfaces hommes-machines nouveaux, consi-dérés comme plus naturels et d'utilisation plus aisée que les terminaux traditionnels.

L'homme de maintenance du futur n'utilisera pas un terminal classique mais des lunettes spéciales ; elles lui permettront de voir son plan de travail et le graphique de montage de l'équipement sur lequel il travaille ; ainsi que de recevoir des commentaires sonores afin de réparer dans les meilleures conditions.

Le bureau virtuel ou digital desk projettera des images des documents sur lesquels on désire travailler. Des capteurs saisissent les mouvements des doigts qui manipulent des objets et des documents simulés. Les espaces de travail partagés à distance font l'objet d'intenses recherches.

De nombreux autres marchés sont en train d'émerger, notamment dans l'enseignement et la télé-formation en mode virtuel. Les études de cas deviennent des exercices de simulation sur informatique. Le MIT Sloan School of Management a construit avec des données réelles, à partir de l'histoire de la compagnie aérienne disparue People's Express, un grand nombre de modèles prévisionnels. Les étudiants cherchent le scénario qui aurait pu sauver la société.

Une fiction bien utile lorsque les élèves "back office" du Ceram de Sophia Antipolis découvrent grâce aux jeux de la simulation, les surprises que leur réservent les marchés financiers. D'autres élèves, chirurgiens ceux-là, utilisent le système Adam développé en Géorgie, Etats-Unis, formidable banque d'images interactives, accessible par réseau, qui leur permet de s'entraîner à la chirurgie virtuelle.

L'idée d'utiliser un ordinateur pour apprendre, et parfois pour piloter une entreprises à distance, tient à cette capacité nouvelle qu'il a de nous donner l'accès à des représentations simulées de la réalité.

L'internationalisation des affaires, l'éclatement des entreprises, favorisent les applications de logiciels d'aide à la décision par la simulation. La compagnie d'assurances Zürich a mis en application un EIS (Executive Information System) pour piloter ses quarante filiales ; Michelin pour piloter sa production mondiale ; Bristol Myers-Squibb pour la surveillance automatique des transactions boursières.

Les applications de la simulation dans les domaines des loisirs et des jeux interactifs, dont on parle le plus, représentent seulement 35% du marché de la simulation. Une presse à sensation a longtemps masqué auprès du grand public la multiplicité infinie des applications pratiques de la réalité virtuelle. Mais les dirigeants ont-ils une meilleure visibilité ? Avec un marché qui, de 5 millions de dollars en 1991 passera à 575 millions de dollars en 1999, qui peut croire qu'une fabuleuse industrie est en train d'émerger ? Industrie qui atteindra son apogée dans le prochain siècle et mobilisera un important savoir-faire dans ces différentes filières.

L'informatique de simulation nécessitera des expertises et des budgets inaccessibles à beaucoup d'entreprises, la simulation implique un savoir-faire et des moyens qui coûtent chers. Il faudra les acheter, acheter de l'ingénierie, acheter de la puissance de simulation à des entreprises spécialisées dans ce type nouveau de facilities mana-gement. Un marché est en cours de formation. Il sera sans doute d'un ordre de grandeur comparable à celui, actuel, de l'automobile pour les régions du monde qui auront su se doter des compétences nécessaires. La question n'est pas : y a-t-il un marché ? la question est : qui va en profiter ?

Denis Ettighoffer

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ASTEL : un téléservice interne à France Télécom

La mise en place de téléservices internes représente une approche organisationnelle nouvelle à France Telecom. Elle résulte de la création d'organismes nationaux de soutien (ONS) qui doivent fournir conseil et assistance aux régions et aux services dans différents domaines.

La communication rapide et efficace entre les divers pôles d'un même ONS répartis sur l'ensemble du territoire, constitue un élément déterminant de réussite. Le projet ASTEL de l'organisme national de soutien résidentiel et professionnel (ONSRP) fournit un exemple représentatif et novateur de solution basée sur les NTIC. C'est un service d'assistance téléphonique qui offre l'ensemble des expertises du territoire national - 200 personnes réparties à Marseille, Nancy, Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Lille et Orléans - à tous les clients internes du groupe, en temps réel ou en léger différé. Il a pour objectif d'améliorer les relations internes clients-fournisseurs, le fonction-nement des services, la réactivité de l'organisation tout en s'affranchis-sant des contraintes géographiques pour le recrutement et l'utilisation des experts.

Les appels téléphoniques sont reçus à Nancy par 8 opérateurs situés au centre d'assistance téléphonique CASTEL. Ce sont des demandes d'informations portant sur des appareils commercialisés, sur les services offerts à la clientèle des particuliers et des professionnels, et sur la tarification. Les opérateurs de Nancy les traitent directement en consultant une base de données alimentée au fil de l'eau par les réponses des experts ou en consultant ces derniers, qui donnent une réponse immédiate ou légèrement différée (dans les 2 heures). Un logiciel de travail coopératif (groupware) assure le fonctionnement du système.

ASTEL satisfait plus de 50 000 demandes par an : 40% sont traitées directement par consultation de la base de données, 30% en temps réel par les experts et 30% en temps différé.

Un tel dispositif a permis de maintenir l'emploi dans les régions et optimise l'utilisation et les conditions de travail des experts. Il pourrait s'étendre à d'autres organismes de soutien. L'organisation des ONS devrait à terme constituer un téléservice interne de plusieurs milliers de personnes, dont l'efficacité dépendra de plus en plus de la flexibilité et de la réactivité de leur fonctionnement.

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Téléphone via Internet

La firme israélo-américaine Vocaltec a mis au point Internet Phone, un programme qui permet de téléphoner à travers Internet. Pour 49 dollars, tout abonné à Internet muni d'une carte audio et d'un micro, va pouvoir téléphoner dans le monde entier, y compris aux personnes qui ne sont pas connectées à Internet, au prix d'une communication locale. Avec Internet Phone, la communciation avec les états-Unis coûtera seulement entre 40 et 95 F de l'heure, sans compter la communication locale pour accéder au serveur de l'opérateur d'Internet.

Un informaticien anglais vivant à San Francisco, Andrew Green, a mis au point NetPhone, un logiciel - il ne fonctionne pour l'instant que sur Macintosh - qui permet de téléphoner dans le monde entier, via Internet, au prix d'une communicaiton locale. Il peut être testé en le téléchargeant depuis l'adresse suivante : ftp://src.doc.ic.ac.uk/packages/info-mac/comms/tcp/

Source : Courrier International

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Investissez dans les fabricants de NTIC !

"Les perspectives des entreprises liées aux NTIC n'ont jamais été aussi bonnes", affirme le PDG d'Intel, Andy Grove.

La plupart des analystes financiers contactés par le magazine Fortune affirment que les NTIC sont entrées dans une ère de croissance à long terme. Selon un responsable de Montgomery Securities (entreprise de courtage) à San Francisco "quand l'industrie des semi-conducteurs était plus petite, elle était régie par les cycles de ses produits et sujette à de grands retournements. Mais maintenant que les fabricants de puces vendent à des clients très nombreux et dans tous les secteurs industriels, cette diversité assure la croissance à long terme de tout le secteur".

Les entreprises sont désormais convaincues que la mise en réseau va transformer radicalement leur manière de faire des affaires, et leurs carnets de commandes sont prêts.

Les analystes pensent que les dépenses des entreprises en informatique, télécommunications et équipements associés vont croître régulièrement durant les prochaines années.

Pour repérer les bons placements dans les actions des entreprises des NTIC, regardez les entreprises dont les patrons donnent des réponses convaincantes à deux questions-clés.

1) la compagnie est-elle capable de fournir un marché mondial naissant, de vendre dans le monde entier ?

2) la compagnie est-elle capable de travailler en partenariat, de lier des relations étroites et nombreuses avec ses clients et ses fournisseurs ?

Source : Reuters, février 1996

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Diplômes via Internet

Aux États-Unis, des centaines de collèges et d'universités offrent des cours sur Internet.

Les universités considèrent que l'enseignement à distance leur permet de proposer des cours bien au-delà de la portée des salles de classe traditionnelles. Tom Calvert, professeur d'informatique à l'Université Simon Fraser (Burnaby, Colombie britannique) prévoit que d'ici l'automne prochain un tiers des grandes universités offriront des cours ou la possibilité d'avoir des unités de valeur sur Internet ?

Ce réseau se révèle plus attrayant pour les universités que les services commerciaux en ligne comme America Online par exemple. Il suffit d'ouvrir un site pour donner des informations aux étudiants potentiels. Ensuite, une fois le paiement des cours effectué, un mot de passe assure l'interaction avec les professeurs et les autres étudiants.

Source : Continental Airline Magazine

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Où en est l'étude sur les "commutants" ?

Ce projet de recherche de l'Institut porte sur la déstabilisation des comportements des utilisateurs intensifs des NTIC.

Le terme de commutant est l'acronyme de communication et de mutant. Les observateurs ont constaté la montée en puissance du phénomène dénommé zapping, par analogie avec la télévision : le passage rapide et fréquent d'une information à une autre, d'un interlocuteur à un autre, associé à l'utilisation des NTIC dans le travail.

Les commutants ont des comportements professionnels et individuels encore peu étudiés et mal connus. Face à la multiplicité des sollicitations, ils risquent d'aborder d'une manière superficielle l'infor-mation et les questions posées, de ne plus approfondir leur réflexion, de perdre pied par rapport à la réalité et de confondre le réel et le virtuel.

Va-t-on voir les individualismes se renforcer ou de nouvelles formes de rapports sociaux apparaître ?

Les situations rencontrées peuvent entraîner une perte d'efficacité globale dans les entreprises, et aussi engendrer des névroses, voire des psychoses, pour les individus.

La recherche dans les bases de données spécialisées et sur Internet, entamée par Jean-Paul Chartier dans l'été 1995, a été accomplie presque totalement. Elle a permis d'accumuler de nombreux documents et d'analyser les discussions et les forums sur Internet pertinents pour le sujet.

Une partie des travaux devaient être effectués par des étudiants de l'Institut de gestion sociale (IGS), partenaire d'Eurotechnopolis. Une première équipe a identifié les métiers et les fonctions a priori les plus concernés.

Les étudiants ont procédé à 10 entretiens dont ils ont fourni des résumés. Ils ont examiné dans leurs conclusions les impacts sur les plans comportemental et organisationnel. Une deuxième équipe de 4 étudiants de 3ème cycle a commencé fin avril, sous la supervision de Gérard Blanc. Elle va réaliser une douzaine d'entretiens à partir d'une trame de questionnaire réalisée en commun avec l'Institut.

Par ailleurs, un questionnaire a été mis au point pour Internet, dont les résultats quantitatifs seront analysés en août et septembre prochains.

L'ensemble devrait permettre de réaliser un ouvrage de 200 pages environ, qui comportera en plus de l'exposé des faits, des recomman-dations sur l'ergonomie, l'organi-sation et la législation du travail, la recherche d'efficacité, la prévention des risques directs et indirects.

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