La lettre d'Eurotechnopolis
  N° 11 - AUTOMNE 1997  

TELETRAVAIL : LA MASSE MANQUANTE

Courant 1996, le président d'un groupe de presse demanda une étude sur les applications possibles du télétravail dans ses services. Au bout de quelques semaines d'investigations, le cadre en charge du projet lui remit ses conclusions. En résumé, constatait-il, «durant les dernières années l'informatique et la télématique ont complètement transformé une majeure partie des métiers dans notre groupe. Les journalistes utilisent des micros et des messageries électroniques pour écrire et envoyer leurs articles directement au responsable de la mise en page qui prépare les titres sans ressaisies ni modifications importantes. Les agents de publicité et les vendeurs passent l'essentiel de leur temps au téléphone pour prendre des rendez-vous et placer nos produits. Les «bons à tirer» se font à distance, la surveillance et la collecte de nos annonces professionnelles passent par l'informatique.» Bref, concluait-il, «la dématérialisation de l'essentiel de nos tâches et de nos services fait que nous sommes une majorité à être des télétravailleurs qui nous e... tous les matins pour trouver une place de parking près de nos bureaux !»

Une majorité qui restera invisible, car le président de cette société n'a pris aucune initiative à la suite du rapport de son collaborateur. Ils n'ont pas été délocalisés, ils n'ont pas été invités à faire du temps de travail partiel à la maison en utilisant les outils de leur entreprise. Quant aux autres, ils n'entraient pas dans la définition du télétravailleur de base. En d'autres termes, voilà des télétravailleurs qui n'auront pas d'existence statistique. Les employés de cette entreprise, comme ceux de biens d'autres sociétés qui passent l'essentiel de leur temps à travailler à distance sont la masse manquante du télétravail. Elle n'apparaît dans aucune statistique officielle. Elle constitue pourtant la part la plus importante et la plus significative d'un phénomène qui affecte la majeure partie du monde du travail : le travail à distance ou télétravail.

Sous prétexte que votre instrument de mesure ne perçoit que les individus ne dépassant pas 1,50 m, établiriez-vous une politique de construction automobile en prenant pour modèle seulement les individus ne dépassant pas cette taille ? C'est ce qui se passe avec le télétravail, l'instrument de mesure n'est pas fiable, le reste est à l'avenant. Que pour des raisons méthodologiques l'on soit amené à définir des critères sélectifs de populations données (travailleurs à domicile ou pas, travailleurs indépendants ou pas, qui sont dans une agence ou dans un centre d'affaires ou pas, qui travaillent à distance plus ou moins longtemps, etc.) rien que de très normal. On peut définir et arbitrer contradictoirement les paramètres qui permettront de cerner une population donnée et, selon une définition convenue, faciliter ainsi l'étude quantitative. La nécessité de procéder à des arbitrages en matière de méthodes destinées à une analyse quantitative et qualitative n'est pas contestable. Ce qui le devient, c'est lorsque l'on se garde de rappeler la nature et les spécificités des instruments de mesure - qui réduit et déforme bien évidemment la réalité du phénomène observé - pour en faire implicitement une norme de fait. Du coup, le caractère réductionniste de la méthode est occulté, ne reste que le résultat d'une mesure qui ne donne du phénomène qu'une image partielle. Ce qui limite la visibilité des enjeux sociaux et économiques auxquels notre société doit faire face.

Tout ceci aboutit, à l'heure du bureau virtuel et des applications foisonnantes du travail en groupe assisté par ordinateur (groupware), à un décalage croissant entre la réalité observée dans les entreprises, le monde du travail réel et la «normalité» supposée du télétravailleur, qui n'est autre que le fruit d'un compromis méthodologique.

Ironie des choses, alors que l'on s'acharne à trouver un télétravailleur de base «statistiquement correct», vous êtes chaque jour plus nombreux à vous installer des heures entières devant votre ordinateur afin de travailler efficacement avec vos clients et vos collègues, non sans vous être e... longuement pour trouver une place de parking. Patience, vous faites partie des gens qui deviendront statistiquement visibles... le jour où vos dirigeants voudront faire des économies de parking !

Denis Ettighoffer

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La spécificité française quant à la cryptologie

Une surprise attend les internautes qui téléchargent la dernière mouture de Netscape : la version française, à la différence des autres, est amputée de ses fonctions cryptologiques. Le logiciel Internet le plus populaire du monde comportait déjà deux degrés de sécurité : une forte (128 bits de clé) pour les Etats-Unis et le Canada, une faible (40 bits) pour le reste du monde. Voilà à présent qu'il y en a une troisième (0 bit...) pour la France.

Ce n'est nullement là une fantaisie de la part de Netscape, mais bien une exigence de la loi française (loi no. 96-659 du 26 juillet 1996, art. 17) qui interdit sauf autorisation spéciale tout moyen cryptologique pouvant assurer la confidentialité des messages. La fourniture de moyens non autorisés est punie de trois ans de prison et de 300 000 d'amende. Ce qui est étonnant, ce n'est pas que Netscape en prenne acte, mais plutôt qu'il ait tant tardé, et qu'il semble pour le moment le seul.

C'est donc à présent le grand public qui se trouve confronté à cette bizarrerie : la patrie des droits de l'homme est un des très rares pays démocratiques à interdire à ses propres citoyens de protéger leurs secrets comme bon leur semble. D'autres imposent des restrictions à l'exportation (cas, notamment, des Etats-Unis, d'où les versions "40 bits"), mais l'interdiction de l'usage n'existe que dans certains régimes autoritaires, en Russie (oukase no. 334 du 3 avril 1995)... et en France.

Pourquoi ? Officiellement, il s'agit de "préserver les intérêts de la défense nationale et de la sécurité intérieure ou extérieure de l'Etat". C'est grandiloquent, mais vague. Les Français ne sont sans doute pas plus conspirateurs par nature que les autres, mais une tradition nationale tenace semble les soupçonner de l'être. Tout ce qui leur permet de communiquer sans contrôle est a priori perçu comme menaçant.

D'où le retard invraisemblable du téléphone jusqu'à Giscard, les hésitations face à la CB, aux radios libres et plus récemment au téléphone portable où la possibilité de cartes anonymes a été vite jugulée. A l'évidence, la République ne supporte pas de ne pas pouvoir écouter ses citoyens.

Or, indépendamment de toute discussion sur les libertés individuelles, cette particularité de la France risque de lui coûter très cher.

L'absence de fonctions cryptologiques dans les logiciels Internet signifie qu'à la différence du reste du monde, les Français ne peuvent pas chiffrer, par exemple, le numéro de leur carte de crédit. Autant dire que le télécommerce ne se développera guère. Peu importe qu'il y ait ou non un risque réel à communiquer en clair un tel numéro : le public croit qu'il y en a un et évitera de le faire, d'autant plus que les logiciels incitent à la paranoïa en avertissant par des messages effrayants quand l'utilisateur remplit un formulaire non sécurisé.

Mais ce n'est pas là le plus grave. Il y a un domaine où la confidentialité des échanges est une nécessité absolue : celui du télétravail et des téléservices. Partout ailleurs dans le monde, on sécurise le courrier électronique, les transferts de fichiers, etc. au moyen de logiciels comme PGP qui assurent de manière sûre et commode leur confidentialité et leur authenticité. En France, c'est interdit. La loi prévoit bien des modalités de chiffrement autorisé, mais elles ne sont pas au point : quinze mois après la loi, on attend toujours les décrets d'application. En tout état de cause, elles impliqueront la gestion des clés sous le contrôle des services secrets français. Comme ceux-ci sont universellement soupçonnés de s'être reconvertis dans l'espionnage industriel après la chute du Mur, on imagine mal les clients étrangers leur faire confiance...

Même le maximum qui semble envisagé - une autorisation de clés de 40 bits - ne permettrait pas d'assurer une confidentialité suffisante pour son développement. Les Etats-Unis, le Japon, tous les autres pays de l'Union Européenne - bref, tous les principaux clients, partenaires et concurrents sur les marchés de l'immatériel - permettent à leurs entreprises de protéger leurs secrets à leur guise, avec des clés de 128 bits ou plus. Pourquoi les clients choisiraient-ils le seul pays où leurs secrets transmis par voie électronique posent un problème de sécurité ?

Johannes Baagoe

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LE SYNDROME DE CHRONOS

Le Syndrome de ChronosLe livre "Le syndrome de Chronos", résultat de près de trois ans de recherches, sortira en janvier 1998 dans la collection Eurotechnopolis aux Éditions Dunod. Cette étude part du constat que les Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication (NTIC) affranchissent les hommes des contraintes liées aux frontières entre les temps privés et publics et renforcent un phénomène de « zapping » croissant, directement issu de leur usage intensif. L'opposition entre le temps des hommes et le temps des machines engendre un mal travailler et un mal vivre qui coûtent autant aux entreprises qu'à la collectivité.

Avec les nouveaux temps modernes, l'intensité du travail et le stress qui s'exerce sur les individus est devenu un problème plus important que la durée du travail.

"Le syndrome de Chronos" propose une analyse originale qui remet en cause l'approche ouvriériste du temps de travail et plaide pour une écologie du temps. Les conclusions suggèrent que l'homme modifie ses rapports au temps d'abord parce que c'est bon pour sa santé, pour l'équilibre psychique d'une communauté, pour l'efficacité des organisations des entreprises et pour l'équilibre des comptes de la nation.

Le livre répond concrètement aux enjeux économiques que posent les centaines de milliards de Francs perdus en coût de santé ou en manque à gagner par les entreprises pour cause de stress ainsi qu'aux interrogations suscitées par le financement de la réduction du temps de travail.

Gérard Blanc

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Ouverture du nouveau site d'Eurotechnopolis sur Internet

Sur http://www.eurotechnopolis.org vous trouverez la rénovation en cours de finition de notre site sur la "Toile". Indépendamment de la mise à jour des textes et des études désormais accessibles en ligne, le cru 97 se distingue par trois innovations :

  • services réservés aux membres d'Eurotechnopolis :
    • assistance en ligne pour faire des recherches documentaires
    • liste des films ou livres disponibles
    • service d'observation de la presse internationale sur les services en ligne traitant de nos thèmes de recherches
  • un point presse ouvert à tous présentant nos travaux et des extraits de la presse française et étrangère sur Eurotechnopolis
  • l'ouverture de trois forums :
    • un forum public : "Dialogues",
    • deux forums spécialisés : "NTIC et insertion" et "Organisations virtuelles", animés par des représentants d'Eurotechnopolis et des personnalités européennes expertes.

Plusieurs langues de travail sont prévues.
Toutes les suggestions pour améliorer le site seront les bienvenues.

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Prochaine manifestation d'Eurotechnopolis Institut

La présentation officielle du dernier livre d'Eurotechnopolis Institut, "Le syndrome de Chronos" (voir ci-dessus), est prévue le jeudi 5 mars 1998 dans la matinée. A cette occasion nous donnerons les résultats du sondage que vous trouverez sur cette lettre qui sera distribuée à 5000 exemplaires. Nous organiserons notre Assemblée Générale le même jour, dans l'après-midi.

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Responsable :
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Adresse : 34 bd Hausmann
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Tél : (33) 01 48 01 47 48
Fax : (33) 01 45 23 18 30

Le Club des Cyberworkers

Le Club des Cyberworkers est une association 1901 créée à Marseille en avril 1996 pour informer et accompagner les travailleurs indépendants et les créateurs d'entreprise qui souhaitent développer des téléservices via les réseaux de télécommunications. Dans ce but, ses fondateurs ont mis en place ce "laboratoire d'expérimentations" pour tester des projets de services proposés sur Internet. Christine Maxwell, créatrice du moteur de recherche Magellan et Denis Ettighoffer, président d'Eurotechnopolis Institut, ont été nommés membres d'honneur de l'association.
L'association s'est fixée les objectifs suivants :
- transmettre des informations pratiques et concrètes aux personnes intéressées par le télétravail, les téléservices et Internet ;
- créer un réseau d'échanges et d'assistance pour les télé-travailleurs ;
- constituer une plate-forme opérationnelle pour l'exercice de télé-services sur son site Internet ;
- développer de nouveaux outils et systèmes informatiques pour le travail coopératif à distance ;
- réaliser des recherches sur les nouveaux métiers et emplois liés à l'émergence des NTIC.
Le site Internet du Club propose un journal d'informations, Cyberworkers' News , une galerie d'art électronique, un espace d'informations et de téléformations en ligne, un réseau et club d'entreprises offrant un forum de discussion en temps réel et un annuaire international de télétravailleurs. Le site maintient des liens avec les principaux sites mondiaux sur le télétravail dans une vingtaine de pays.

  • Club des Cyberworkers, Résidence Le Château Sec - L'horizon, 13009 Marseille
  • Téléphone et télécopie : 04 91 26 29 10
  • Site Internet : http://www.cyberworkers.com

Gérard Blanc

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