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Depuis les origines les brevets d'associations de molécules ont caractérisé l'invention des laboratoires de chimie, pharmaceutiques et autres. Les récentes polémiques sur le bien-fondé de breveter les associations des molécules d'ADN pour justifier les importants investissements consentis par les laboratoires de recherches en illustrent les enjeux financiers considérables. Les laboratoires privés souhaitent ainsi pouvoir financer des inventions dans de nouveaux médicaments de synthèse en toute propriété des séries de combinaisons identifiées. L'affaire est loin d'être close malgré la récente intervention du président Clinton pour que les découvertes sur le génome humain restent un patrimoine ouvert et accessible à tous. Elle est loin d'être close parce qu'elle concerne un phénomène récent mais qui va prendre une ampleur considérable dans la décennie : pouvoir breveter "les combinaisons" de moyens connus.
Combinaisons de moyens, de structures, de molécules, d'organisations, la montée en puissance des revendications en matière de droit de propriété industrielle dues aux applications d'Internet est un phénomène nouveau. La compétition et la performance pour créer de la valeur s'établissent sur la capacité à inventer une organisation originale, une combinaison de la chaîne de la valeur plus compétitive que d'autres. On se bat à coups de modèles organisationnels. Cette tendance a déjà poussé Amazon.com a déposer un brevet pour protéger son dispositif d'affiliation qui représente un quart des ventes par Internet selon Evan Schwartz, auteur de "Digital Darwinism", au grand dam de la communauté qui a immédiatement ouvert un espace de protestation "Pas de brevet sur le Web" (Nowebpatents.org).
Le développement de la protection des procédés et des combinaisons de chaînes de la valeur qui constituent un modèle économique original risque pourtant de s'affirmer dans les années à venir. La création de valeur par le travail sur la combinaison des organisations reste encore très nouveau. L'innovation organisationnelle prend tellement d'importance que les marchés financiers ne manquent jamais de saluer toute initiative intelligente. L'introduction en Bourse d'Ariba, en juin 1999, parti de 23 dollars pour grimper en quelques heures à 90 dollars, soit près de 300% de hausse, illustre l'importance qu'accorde le milieu financier aux modèles économiques qui lui paraissent les plus astucieux, les plus intéressants. Au lieu de facturer ses licences logiciels en fonction de l'importance du parc utilisateur, Ariba, société californienne de logiciels, fixe son prix sur la base de la consommation réelle. Cette jeune société est valorisée à la mi-1999 à trois milliards de dollars pour un chiffre d'affaires de 16 millions, pour la seule raison que ses dirigeants ont su innover dans un modèle économique et organisationnel considéré comme original. Un modèle qui a pour première caractéristique de s'appuyer sur la Netéconomie, sur la virtualisation des activités.
Désormais, la circulation des capitaux sanctionne autant la qualité des organisations que la qualité des dirigeants. Les modèles économiques porteurs, fortement valorisés, associent l'application des technologies de l'information et de la communication à des innovations organisationnelles. En 1999, les performances réalisées par les introductions au Nasdaq illustrent bien cette nouvelle attitude. La Bourse sanctionne positivement l'avènement de ces entreprises parce qu'elles s'appuient sur les réseaux en innovant dans de nouveaux modèles organisationnels et économiques.
Créer de la valeur en jouant sur les structures des entreprises est une donnée récente. Jean Estin, ancien président pour l'Europe de Mercer Management Consulting, conseil en stratégie, dans un article "À quoi donc servent les fusions ?", met le doigt sur le fait que les activités filières comme la confection n'arrivent pas à créer de la valeur en se concentrant mais en rénovant leur chaîne de la valeur. Dans ce secteur comme dans bien d'autres, c'est l'appel important aux réseaux informatiques qui rend possible la recombinaison des maillons concernés. Une équipe de McKinsey à New York et Boston, qui détaille les améliorations importantes des performances dues à ce type de restructurations, conforte le sentiment que l'innovation organisationnelle reste un moteur majeur de la création de valeur. Nul doute que certaines de ces innovations feront l'objet de protection destinée à entraver la concurrence, car c'est bien cela qu'Amazon a tenté avec son dépôt de brevet.
Denis Ettighoffer
 
Plus de deux cent cinquante universités virtuelles dénombrées, des établissements publics de formation aux normes internationales ISO, des communautés d'utilisateurs sur le Net et des entreprises privées s'intéressent à ces nouveaux marchés qu'on appelle la téléformation ou la "formation en ligne ". Quelle sera la part de marché pour les entreprises dans les années à venir et quelles prestations fourniront-elles en matière de savoir ? Bien qu'il soit encore difficile de répondre à ces deux questions, on voit cependant quelques tendances se dégager.
Une activité qui se porte bien Née dans les années vingt, la formation à distance a connu un développement considérable depuis 1990. Alors que jusqu'à la fin des années quatre-vingt son vecteur principal était le courrier, elle utilise aujourd'hui avec succès les techniques numériques d'information et de communication. Elle se sert d'Internet, mais pas exclusivement, elle recourt aussi de plus en plus au satellite numérique. Les grandes institutions de formation à distance des pays industrialisés n'ont pas été atteintes - on oublie trop de le souligner - par les crises que traversent les systèmes éducatifs. Mieux, elles ont vu leur clientèle augmenter dans la dernière décennie. Simultanément, elles amélioraient leurs prestations. À eux seuls, les grands opérateurs que sont l'Open University en Grande-Bretagne, Nettuno en Italie, la Uned en Espagne, le Cned, la Fied et le Cnam en France, totalisent plus de deux millions d'étudiants, qui ne se plaignent pas de leur sort. Elles ont réussi cette performance de concilier la réponse à une clientèle de plus en plus nombreuse à l'offre de prestations de plus en plus différenciées. Certaines d'entre elles atteignent aujourd'hui des standards de qualité ISO 9000, ce qui, il faut bien en convenir, se révèle impossible pour les universités classiques. Aussi doit-on se convaincre que ces géants sont prêts à affronter l'avenir et chacun d'entre eux, à plus ou moins brève échéance, le million d'étudiants.
Compte tenu des besoins de formation continue, si le service public est important dans ce secteur, il existe aussi des entreprises privées performantes, telles que l'Association Française des Banques,l'Association Française des Transports ou Educatel, par exemple, spécialisées dans la formation à distance. Il ne faut pas oublier non plus les secteurs de formation à distance qui au sein de grands groupes, le Crédit Agricole, Thomson, par exemple, ont installé des cours à distance sur leurs intranets.
Il y a donc en France, comme à l'étranger, un ensemble professionnel, public et privé, spécialisé, disposant d'une excellente expertise dans la formation à distance, qui est à distinguer avec soin des nouveaux arrivants publics et privés, eux aussi, universités et entreprises, qui se préparent à offrir de la formation "en ligne".
Il serait maladroit d'imaginer que l'offre privée en ligne va concurrencer cet ensemble sur son propre terrain, d'autant que la plupart des opérateurs qui en relèvent ont fait alliance avec des constructeurs et des fournisseurs d'accès. Par exemple AT&T a un accord avec l'International Council for Distance Education, la fédération mondiale des producteurs privés et publics de formation à distance. Cela ne signifie pas pour autant que le terrain soit totalement occupé ni que les entreprises ne puissent pas prendre en charge de nouveaux services. Mais il serait prudent d'examiner, plus qu'on ne le fait actuellement, l'expérience professionnelle acquise par ces opérateurs publics et privés, avant de se lancer ingénument sur le marché de l'offre de cours en ligne. En effet, ce secteur a accumulé une connaissance précieuse à la fois de la clientèle, de la logistique, des contenus ainsi que de la diversification des services.
L'exigence de la qualité Dans la dernière décennie, les utilisateurs de formation à distance se sont montrés de plus en plus exigeants quant à la nature et à la qualité des prestations attendues. Ils ont importé dans le champ de l'éducation leur culture de consommateurs avertis. L'expérience nous a appris que quelqu'un se forme bien à distance s'il a confiance dans celui chez qui il construit ses savoirs. L'autorité scientifique des professeurs ou celle de l'institution ont un rôle déterminant. Le patron de Microstratégies, Michael Saylor, ne s'y trompe pas, quand il envisage d'offrir en ligne des cours faits par des prix Nobel.
Les caractéristiques de leur comportement sont les suivantes : ils veulent des formations sur mesure. La formation standard est en voie d'extinction. Quand ces clients sont des entreprises, ils attendent, dans des domaines très pointus, des contenus constamment mis à jour, certains diront du "juste à temps", accompagnés d'informations spécialisées et de contacts directs avec des experts. ls veulent un feed-back immédiat à leurs sollicitations. La rapidité de la réaction est un facteur de fidélisation.
Ils veulent bien apprendre seuls, mais à condition de se rencontrer régulièrement, à proximité de chez eux. C'est certainement ce facteur que les tenants de la formation en ligne ont à prendre particulièrement en considération. Les gens éprouvent le besoin de rencontrer un humain, professeur ou tuteur, pour parler de ce qu'ils apprennent. L'Open University a ainsi installé trois centres de regroupement sur le territoire britannique.
Une nouvelle clientèle apparaît. Des communautés d'utilisateurs se fédèrent sur Internet pour échanger des connaissances ou les construire ensemble. Sous bénéfice d'inventaire, ces connaissances ne correspondent pas toujours à celles qu'offrent en ligne les universités virtuelles. En effet, la nature des connaissances échangées est marquée par les techniques numériques d'information et par Internet. Ce qui intéresse les jeunes que nous interrogeons sur ce qu'ils apprennent par les réseaux, ce sont des procédures : téléchargements, Flash 4, etc. et non pas l'histoire ou la géographie. La nature des contenus offerts en ligne apparaît de plus en plus comme une question stratégique.
Diversité croissante des produits de formation Offrir de la formation en ligne ne se réduit pas à proposer des écrans sur lesquels défilent des contenus, aussi scientifiques et aussi bien mis en page soient-ils. Les institutions de formation à distance offrent, pour la plupart, des contenus relativement classiques, c'est-à-dire, de "grandes matières", telles que les langues, les maths, le français. Très peu d'entre elles offrent des contenus spécialisés : le Cnam et le Cned sont de celles-là. Mais le champ des contenus à offrir reste immense, à condition, bien entendu, qu'on ne les considère pas comme indignes d'un tel traitement, au nom d'un snobisme académique. J'ai encore en mémoire la demande d'une institution fort sérieuse qui n'avait pas trouvé, il y a quelques années, un opérateur susceptible de concevoir une formation à distance au traitement des maladies du cochon. Le cochon n'était pas académique ! Or, dans la vie des entreprises, il y a d'innombrables nécessités à recevoir des contenus mis à jour ; songeons à la traçabilité, au principe de précaution, à la réglementation européenne associés à des informations et, en tant que de besoin, à la consultation d'experts en temps réel. Il y a aussi des savoirs que les entreprises peuvent offrir quand elles ne les estiment plus stratégiques. La France n'a-t-elle pas cédé ainsi à la Chine il y a quelques années son savoir en matière de techniques de charbonnage ?
Une ingénierie nouvelle des savoirs La façon dont les gens se forment est en train d'évoluer. À côté des formations de longue durée, il y a désormais des "prises" de savoirs, brèves et fréquentes. Des cours en ligne ne suffisent plus toujours à satisfaire de tels besoins. Ici interviennent la documentation automatique, avec les moteurs de recherche, le "knowledge management", l'ingénierie de la connaissance. La tendance est, nous l'avons dit, au "sur mesure". La formation à distance nous a appris qu'une intervention humaine dans un service en ligne est toujours bénéfique. De nouveaux acteurs apparaissent sur le terrain auprès des utilisateurs terminaux, que l'on qualifie de façon diverse : médiateurs de terrain, médiatiseurs, assistants de formation à distance. De nouveaux métiers de médiation sont en train d'apparaître alliant secteurs publics et privés.
Car la réussite des services de formation en ligne concerne également le "back office", c'est-à-dire la prise en charge de l'étudiant. Tous les formateurs à distance savent l'importance de la logistique, des modalités de communication entre tuteur et étudiants, de l'informatique pour l'inscription et pour la gestion financière, tout ce qu'une vision naïve et peu professionnelle évacue trop facilement. Le "back office" est primordial et l'opinion publique ignore que l'informatisation et la mise en ligne n'a pas commencé dans ce secteur d'activité par celles des cours, mais par la gestion des étudiants, par la PAO, par le télé-accueil téléphonique informatisé. À mépriser cela, on risque purement et simplement de perdre le client, car le confort de sa relation à l'institution est un facteur de fidélisation.
Un scénario semble ainsi progressivement se dessiner, dans lequel cohabiteront offre institutionnelle de formation à distance, dont on aura compris qu'elle est plus que de l'offre en ligne, et offre par les entreprises sur la base de supports logistiques partagés, sans doute encore à inventer. D'ores et déjà de solides repères existent aujourd'hui pour dissocier, en matière d'accès au savoir par les réseaux numériques de communication, la part du marché de la part du rêve.
Jacques PERRIAULT Professeur des Université
 
Le Québec a maintes fois joué un rôle de passerelle entre les États-Unis et la France, notamment pour la diffusion des NTIC. Il est intéressant de voir à quel rythme les très petits établissements (TPE) et les particuliers québécois adoptent Internet et le commerce électronique, comment Internet a évolué dans cette province canadienne et quelles sont les principales ressemblances et différences à cet égard entre le Québec et la France.
Informatisation et accès à Internet des TPE québécois À la suite de ses grandesenquêtes sur l'informatisation des entreprises québécoises, le CEFRIO (Centre francophone d'informatisation des organisations) a effectué en mai et juin 1999 un sondage auprès de 685 TPE sur leur utilisation des TIC. Près des deux tiers (62%) utilisaient un ordinateur mi-1999. Le nombre moyen d'ordinateurs par établissement (2,4) varie sensiblement selon le nombre d'employés, le secteur d'activité et la région. Environ la moitié des TPE informatisés disposent d'un seul ordinateur. Près du tiers (30%) des TPE utilisent Internet, cet usage ne dépend ni de la localisation, ni du nombre d'employés, ni du secteur d'activité de l'entreprise. Si on ajoute au taux de connexion actuel les TPE informatisés qui prévoient de se brancher d'ici le printemps 2000 et les TPE non informatisés qui en ont l'intention d'ici un an, le taux de connexion à Internet de l'ensemble des TPE du Québec atteindra 40% au printemps 2000.
Ce même sondage indique que la proportion d'établissements de moins de 10 employés qui ont un site sur Internet s'élève à 11%, soit environ 17 000 établissements. Selon les intentions exprimées dans ce sondage, ce nombre atteindra 28% au printemps 2000.
Près des deux tiers des responsables d'établissements qui disposaient déjà d'un site Internet au printemps 1999 affirment que cela leur a facilité l'échange d'information avec leur clientèle et 35% disent avoir trouvé de nouveaux clients grâce à ce média. Des résultats qui devraient inciter un plus grand nombre d'établissements à créer un site Internet pour leur développement.
Le commerce électronique En février 2000, un autres ondage effectué par la firme canadienne Ad hoc montre que plus de la moitié des Québécois (53%) ont déjà navigué sur la Toile soit à leur travail, soit chez eux ou à l'école. Au printemps 1998, une enquête réalisée par le CEFRIO indiquait la présence d'un micro-ordinateur chez 37% des ménages québécois dont 57% disposaient d'un modem et 30% d'un accès Internet. Près de 1/5 (18%) de la population québécoise âgée de 16 ans et plus utilisait Internet au moins une fois par semaine, ce sont les "internautes réguliers". Le CEFRIO signale début février 2000 que 1,9 million de Québécois se servent chaque semaine d'Internet, un chiffre bien supérieur à celui estimé par les observateurs.
Au printemps 1998 l'utilisation hebdomadaire variait aussi en fonction de la langue : 29% de langue maternelle anglaise et 16% de langue maternelle française. Cet écart entre les francophones et les non francophones persiste dans l'enquête de février 2000. Plus de 42% des internautes sont non francophones alors que 33% d'entre eux parlent le français, sur une population aux trois quarts francophone.
Près de 30% des internautes québécois, selon l'enquête duCEFRIO de 1998, font des courses (ils "magasinent") sur le réseau au moins une fois par mois pour comparer les prix ou les caractéristiques des produits et déterminer le meilleur endroit où acheter. Un quart des internautes réguliers déclarent avoir pris une décision d'achat après une consultation en ligne. Parmi ces derniers, 36% ont commandé directement sur Internet alors que les autres ont préféré commander par téléphone ou télécopie, ou encore se déplacer. Les Québécois demeurent réticents à effectuer des achats en ligne, 16 % seulement des internautes l'avaient fait en 1998. La sécurité est la raison la plus fréquemment invoquée : les trois quarts refusent de transmettre leur numéro de carte de crédit en ligne.
Ainsi la mesure du strict intérêt économique d'un site Internet dépasse largement les seules ventes en ligne. Tout un ensemble de retombées se combinent pour dynamiser le site de manière indirecte.
La décision d'acheter un produit après une consultation en ligne reste influencée par l'expérience du réseau. La proportion d'internautes réguliers qui ont décidé d'acheter un produit suite à une consultation atteint 13% pour ceux qui utilisent le réseau depuis moins d'un an, contre 34% pour ceux qui l'utilisent depuis plus de 2 ans. Ainsi, on peut supposer que la population âgée de 16 à 24 ans va se montrer beaucoup plus ouverte à ce nouvel accès aux biens et aux services, d'autant que ce groupe de consommateurs a un pouvoir d'achat appelé à augmenter.
La situation du Québec par rapport à d'autres régions Le taux d'informatisation des foyers québécois se situait au printemps 1998 en dessous de celui observé aux États-Unis et dans d'autres provinces du Canada. Les commentateurs des études s'attendaient à un rattrapage rapide pour Internet du fait suivant : l'abonnement représente un saut moins important que l'acquisition d'un ordinateur. Effectivement, le taux de branchement à Internet des foyers canadiens a rejoint celui des foyers américains : au mois d'octobre 1999, 43% des adultes canadiens disposaient d'un accès Internet à leur domicile, pourcentage similaire à celui observé aux États-Unis en juillet et août 1999.
Cependant, au Canada, la province du Québec présente un retard jugé inquiétant en taux de pénétration d'Internet au domicile ainsi qu'en modes d'utilisation du réseau. D'un côté, les internautes québécois sont proportionnellement plus nombreux que ceux des autres provinces à effectuer des transactions financières en ligne et à télécharger de la musique ou des vidéos. De l'autre, ils consultent moins les services gouvernementaux ; ils utilisent moins les fonctions interpersonnelles du Web : la recherche d'informations passe avant le courrier électronique alors que l'ordre s'inverse dans les autres provinces.
En ce qui concerne les TPE québécois, les auteurs du rapport du CEFRIO soulignent que le taux d'informatisation et d'utilisation d'Internet des TPE est faible comparé à celui des établissements plus grands en nombre d'employés : le CEFRIO ayant constaté que 57% de ceux-ci étaient présents sur Internet à l'été 1999 . De plus, le taux de branchement de l'ensemble des TPE québécois s'avère sensiblement inférieur à ce que l'on observe dans le reste du Canada, bien que les données ne soient pas strictement comparables.
Le pourcentage de connexion des foyers du Québec reste bien supérieur à celui qu'enregistrent le Royaume-Uni, l'Allemagne ou la France. Selon les résultats de 1999 de l'Observatoire du Multimédia, 30% des Français possèdent un micro-ordinateur et seulement 6% des foyers français sont abonnés à Internet.
Comment se situent les TPE français par rapport à ceux du Québec ? Selon les études d'UFB-Locabail portant sur les entreprises européennes de 6 à 200 salariés, le pourcentage de PME disposant d'un site Web serait passé de 13% en 1998 à 27% en 1999. Mais ces enquêtes ne prennent pas en compte l'ensemble des TPE de moins de dix salariés. Il semble bien que la proportion d'entre eux disposant d'un accès à Internet soit loin d'atteindre le pourcentage qu'il y aura bientôt au Québec et ce décalage s'accroît pour la présence sur le Web. Plusieurs rapports soulignent que la France, après avoir été le berceau mondial des services télématiques, serait aujourd'hui l'un des pays industrialisés produisant le moins d'informations et de services sur Internet.
Les différences entre les francophones et les anglophones au Québec suggèrent de s'interroger sur le rôle de frein éventuel que jouerait la langue française dans l'accès à Internet et son utilisation. Un des responsables de la dernière enquête québécoise, Jean-Marc Léger, estime que "sans être plus dépensiers, les non-francophones ont plus de facilité avec la langue et ont généralement accès au Net depuis plus longtemps". Certes, le nombre de sites francophones n'est pas aussi élevé que celui des sites anglophones. Il en existe néanmoins un nombre suffisant pour que la langue ne soit pas le seul motif, d'autant plus que la Suisse et la Belgique francophones dépassent la France en la matière. Peut-être faut-il simplement chercher la réponse dans le fait que les régions et provinces anglophones disposent d'une richesse vive plus importante.
En France, le secrétariat d'État à l'Industrie s'est intéressé dès 1997 au rôle d'Internet pour les PME. Un rapport remis au secrétariat d'État à l'Industrie en 1998 a souligné la nécessité de faire connaître les services français de bonne qualité sur Internet, notamment ceux des PME qui ont ainsi pris une place mondiale. Le potentiel de créativité et d'innovation qu'un grand nombre de TPE français ont montré pour les services télématiques laisse-t-il présager que les TPE français vont saisir l'opportunité d'Internet ? Reste à savoir quand la concrétisation se réalisera.
Gérard BLANC
 
Denis Ettighoffer et Pierre Van Beneden, Éditions Village Mondial, Mai 2000
Avec la fusion de Time Warner et d'AOL, l'industrie du logiciel, souvent symbo-lisée par Microsoft, fait place à la Netéconomie en ouvrant un siècle où la création de richesses se fonde sur des modèles économiques nouveaux. Masquée par les fusions spectaculaires des grandes compagnies, une restructuration fondamentale de l'économie est en cours. Des dizaines de milliers de méta-organisations se constituent, multiplient les combinaisons les plus variées en grappes, en chaînes d'entreprises de tailles et de structures très variables afin de se valoriser mieux. Elles utilisent les réseaux pour réduire leurs coûts de coordination et inventer de nouvelles façons de créer de la valeur. Elles s'organisent en communautés d'intérêts fortement collaboratrices, en méta-entreprises.
Pour les auteurs de "Méta-organisations" l'innovation organisationnelle est devenue la première des clés de la croissance des richesses et du succès de l'entreprise. La virtualisation des activités constitue pour eux un nouveau point d'inflexion stratégique qui facilite la création de "virtual business models" les plus performants. Ces derniers se livreront une concurrence féroce car ils deviennent un atout de la différenciation stratégique pour gagner les faveurs de la clientèle. Face à un déficit organisationnel croissant, ce phénomène récent accélère l'obsolescence des entreprises et des modèles. Comment se structurent les organisations et les modèles les plus rentables ? Quels sont ceux qui tiendront la distance ? Quelles seront les nouvelles stratégies du management des méta-organisations ? Voici quelques-unes des très nombreuses questions abordées dans cet ouvrage très documenté sur les organisations du futur.
Dix ans après "L'Entreprise Virtuelle et les nouveaux modes de travail", Denis Ettighoffer, président fondateur d'Eurotechnopolis Institut et de Virtual Organisation Consulting et Pierre Van Beneden, vice-président de Lotus Corp. livrent dans "Méta-organisations" leurs analyses sur ce que seront les organisations compétitives du XXIe siècle.
 
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