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L'ART DE SE FAIRE DES CLIENTS (IN)FIDÈLES
L'homme entre dans la boutique de vente de téléphones portables. Tout sourire, un vendeur vient à sa rencontre. Le visiteur : « Bonjour, mon portable vieillit mal, la batterie se vide anormalement vite, j'envisage de le changer pour une version plus récente ». « Bien sûr », répond le vendeur qui s'enquiert de la marque et du modèle souhaité. « C'est combien ? » demande l'acheteur. « Trois mille francs avec un abonnement ». « Non, cela ne sera pas nécessaire, je suis déjà abonné ». « Alors cela vous coûtera cinq mille francs ». « Pardon ?! », sursaute le visiteur. « Oui, si vous souhaitez obtenir ce rabais de deux mille francs, vous n'avez pas d'autre solution que de vous désabonner puis de vous réabonner ».
« Mais cela voudrait dire que je dois refaire toutes mes cartes de visites, mon papier à lettres, avertir mes correspondants habituels !? C'est une drôle de façon de remercier les clients fidéles ! ». Le vendeur, imperturbable, opine du chef : « C'est tout fait cela, les opérateurs se plaignent de l'infidélité de leurs clients, mais ils ne font rien pour l'empêcher ». Le client, perplexe, scrute le portable qu'il pensait pouvoir acheter. Il sort son ancien modèle de sa poche et observe : « Le système de branchement "main libre" pour ma voiture n'a pas l'air identique ? Fournissez vous un adaptateur ? » « Non Monsieur, le constructeur ne l'a pas prévu ! » Le client s'énerve, le ton monte. « Voulez-vous dire que je vais devoir changer l'installation d'il y a un an et demi, et faire installer un nouveau système "main libre" dans ma voiture pour plus de deux mille francs supplémentaires !? ». « Hélas, Monsieur, vous ne pourrez faire autrement », répondit le vendeur compatissant. « Mais c'est de la vente forcée, de l'escroquerie ! », s'insurge l'homme qui lui rend le portable objet de son intérêt. « Bien, laissez tomber, je garde mon ancien modèle. Vendez-moi une batterie de rechange pour mon portable ». « Désolé, Monsieur, nous n'en avons plus en stock ». « Quand en aurez-vous ? ». « Je ne sais pas, Monsieur, si vous le pouvez, repassez la semaine prochaine ».
Durant l'heure qui suivit et dans six boutiques identiques se tint la même conversation qui aboutit chaque fois la même conclusion. A la dernière, l'homme s'approcha du vendeur et lui demanda, en montrant son portable, « Combien coûte cette batterie ? ». « Entre 400 et 500 francs », répondit ce dernier. « En avez-vous en stock ? » Devant la réponse négative du vendeur, l'acheteur, désignant un mobicarte de la marque de son portable, demanda : « Pourriez-vous me vendre ce portable ? ». « Bien sur, cela vous coûtera 550 francs ». « OK, je vous le prends », décida l'homme qui s'empara du paquet que le vendeur s'apprétait à emballer. Il ouvrit la boîte, déchira l'emballage plastique, dégagea le portable, en enleva la batterie qu'il installa sans difficulté dans le logement de son ancien appareil. Puis ayant réglé son achat, il jeta le reste de la boîte avec l'appareil dans la poubelle du magasin.
Denis Ettighoffer
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