

par Denis Ettighoffer,
président d'Eurotechnopolis Institut
D'ici à quelques années, à la place d'une économie dominée et concentrée dans d'importantes sociétés représentant un pays donné, nous trouverons un ensemble fédéré de PME internationales très spécialisées. Parfois issues de l'éclatement volontaire de grands groupes, tournées vers le marché, elles seront capables d'une forte inter-activité et multiplieront les occasions d'utiliser les "networks" pour développer leurs affaires. Dans cette perspective, les réseaux électroniques deviennent non plus de simples instruments de productivité spécifiques à une ou plusieurs entreprises, mais aussi un levier qui favorise les coopérations inter-entreprises, le développement de leurs affaires, donc des emplois.
Les enjeux de l'accès à la matière grise pour les PME
Fabriquer des produits à bas prix reste un impératif mais la capacité à les concevoir, à les distribuer sur les marchés, à leur donner une identité, à améliorer et à innover en permanence dans les processus de production, dans les produits et les services, nous le devons aux énormes investissements en formation que consentent les pays avancés, soir environ 20% de leur PIB.
Alors que se développent lentement les produits sytémiques - des produits et services élaborés à plusieurs - des réseaux de cotraitance se mettent en place en Europe. Le développement des partenariats entre entreprises est en train de favoriser la construction de réseaux de compétences et d'échanges de savoirs trans-nationaux. Par voie de conséquences, le management des entreprises se trouve devant la possibilité soit de continuer à conduire une gestion territoriale, de "proximité", de la matière grise, soit d' envisager d'utiliser des réseaux permettant de faire appel, à la demande, à des compétences données disponibles dans d'autres PME ou encore à des experts indépendants.
Des réseaux d'échange des savoirs doivent être mis à la disposition des entreprises et en particulier ils doivent être accessibles aux TPE (Très Petites Entreprises) et aux PME qui jouent un rôle essentiel dans l'articulation entre compétitivité et emploi (70,2% dont 29% pour les entreprises de moins de moins de dix salariés)
Quels que soient leur taille et leur secteur d'activité, ces PME doivent toutes faire face aux conséquences d'un processus de changement rapide portant sur les technologies, l'économie, les modes de travail et les conditions d'intégration sociales et économiques dans un espace souvent international. S'adapter à ces changements est un problème permanent pour ces PME qui, autrement, risquent de faire faillite, avec d'importantes conséquences pour l'emploi.
Les "réseaux apprenants", instruments de la création à valeur ajoutée
Un nouveau type de téléformation va se développer par les Réseaux de Services à Valeur Ajoutée (RSVA), capables de répondre à des demandes d'actions de formation fragmentées, éparpillées physiquement, diversifiées et personnalisées. Ces RSVA deviennent de véritables "réseaux apprenants". Ils apportent une réponse aux besoins de services de proximité et à valeur ajoutée pour les très petites et moyennes entreprises. Face à l'atomisation des compétences et de la demande de ces entreprises, seule la mutualisation des ressources grâce à des "réseaux apprenants" permet de baisser le coût d'accès. Ils auront un rôle à jouer dans les nouvelles chaînes de valeur ajoutée qui se constituent dans un tissu économique où la part croissante de la matière grise est une condition de succès.
Il s'en suit que ce qu'il faut offrir aux PME, c'est autant un nouveau type d'offre de formation qu'un moyen d'y accéder facilement, d'y accéder grâce à des moyens de proximité, ici un simple micro-ordinateur. En effet, un dirigeant d'entreprise n'a pas souvent ni le temps ni la motivation suffisante de quitter son entreprise pour entamer une formation traditionnelle.
Le Campus Virtuel Européen (CVE), un réseau "on line management"
pour faciliter l'accès à la matière grise et l'échange d'expériences
En favorisant la mise en place d'un réseau de PME connecté à un réseau européen, le CVE offre un ensemble de ressources techniques et de supports d'assistance de proximité pour des entreprises qui seraient, autrement, incapables accéder à la matière grise disponible dans les nouveaux "réseaux apprenants" comme Internet par exemple.
Il arrive souvent que pour un dirigeant de PME le temps nécessaire à ces formations, qui nécessitent un long et couteux déplacement, entre en conflit avec un problème urgent qu'il faut résoudre sans tarder. Ou encore, que la PME ne dispose pas en propre des moyens et des connaissances techniques suffisants de téléformation, de visio ou vidéo-conférence. Autant de raisons qui limitent l'investissement-formation. L'utilisation de la formation à distance à partir du CVE permettra de réduire ces frais de déplacement et ces absences grâce à une disponibilité permanente dans l'entreprise d'un micro et des applications spécifiques permettant l'accès permanent aux savoirs-faire disponibles dans ce réseau de services en ligne : "on line management".
La demande de formation professionnelle est désormais caractérisée par une approche très concrète, utile, proche des préoccupations opérationnelles des chefs d'entreprises. Ces derniers veulent autant se former que voir traiter un cas à partir de leur propre problème, d'où un nouveau type de service plutôt "conseil-formation" qui se traduit par des besoins de réseaux coopératifs d'aprentissage et d'échanges d'expériences.
Le réseau du Campus Virtuel Européen bénéficiera de l'ensemble des équipements et du support système qui sera mis en place par Lotus. Le service "on line management" à partir d'un serveur de ressources partagées va créer des espaces de discussions thématiques qui seront animées par des consultants et des enseignants européens. Ces services s'appuieront sur des applications des collecticiels (Groupware) qu'il serait inintéressant de mettre en place dans une PME. L'enjeu ici est moins de constituer un réseau interne que de favoriser les coopérations, les échanges de compétences entre entreprises, entre PME européennes.
L'enjeu : les applications du télétravail en mode coopératif sont les
germes des futurs réseaux d'affaires indispensables à nos entreprises
D'abord classiquement utilisés dans une optique de "cost cutting", pour gagner en productivité grâce à la réduction des coûts d'intermédiation, les réseaux de télétravail coopératif - de groupware - sont en train, dans une nouvelle logique de profit, de constituer l'embryon des futurs réseaux d'affaires.
Une vision néo-tayloriste a masqué les enjeux réel du travail à distance. Depuis leurs bureaux, des individus éparpillés gépgraphiquement travaillent de concert et restent "branchés" les uns aux autres en développant de nouvelles pratiques collectives de travail à distance. Des ingénieurs, des chercheurs, des commerciaux du monde entier travaillent et coopérent ensemble. Général Motors a fait appel à des stylistes italiens, à des concepteurs allemands, à des analystes de la valeur ajoutée au Japon. La conception des produits et des services avec beaucoup de valeur ajoutée incorporée implique des partenariats de plus en plus nombreux entre entreprises pour réduire les coûts et les délais de production ou encore pour gagner des marchés nouveaux. Ces partenariats utilisent de façon croissante les outils logiciels du télétravail en mode coopératif et à distance - ou collecticiels - mis à leur disposition. Le col blanc moderne, travailleur en réseau devenu nomade électronique, apprend à travailler à distance, en mode coopératif.
Ainsi, les réseaux de télétravail permettent d'optimiser les "chaînes de valeur ajoutée" entre de nombreux partenaires. Ils ont un rôle croissant à jouer dans la coordination des activités, dans la multiplication des savoir-faire et des ressources d'organisations coopérant entre elles.
Il s'agît de répondre à un besoin d'efficacité collective lorsque plusieurs organisations, plusieurs partenaires, sont mobilisés pour réussir un projet, pour lancer un nouveau produit. Mais cela veut dire aussi que le coeur des applications du "groupware" ne sera pas uniquement dans l'intégration des fonction des grandes compagnies, mais aussi dans les développements du "cooperative working" entre des PME, des PMI, entre des organisations de toutes sortes. Les pouvoirs publics doivent admettre qu'ils ont un rôle nouveau à jouer dans la compétitivité globale des entreprises en soutenant, notamment, les investissements des PME dans les applications de "cooperative working". Pourquoi ? Parce qu'encourager ces formes d'organisations, c'est à terme encourager les pratiques du "cooperative business", la constituttion des futurs réseaux d'affaires.
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