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SOMMAIRE INTRODUCTION I II III IV ANNEXES
INTRODUCTION
La première édition en 1993 avait constaté une dualité qui résume bien le problème de la politique française en matière de télétravail. Alors que la politique anglaise favorisait plutôt la création de relations inter-entreprises et la recherche de nouveaux modes de partenariats propices à l'économie de marché et au télé-business, la politique française du télétravail entendait soutenir les grandes entreprises et s'intéressait plus volontiers au télétravail intra-entreprises.
En cette fin de l'année 1996, alors que de nombreuses expériences dans des entreprises ont déjà été réalisées, il est intéressant de faire le point et d'observer si le traitement du thème par la presse a évolué en fonction des pratiques et des politiques mises en place. Il demeure que ce corpus forme un ensemble assez varié, qui veut refléter un phénomène que les journalistes continuent, notamment dans la presse nationale généraliste, à mal cerner.
Ce deuxième rapport sur le télétravail dans la presse française couvre les années 1994, 1995 et 1996. Il représente l'analyse de 333 articles avec une parution inégalement répartie : l'année 1994 représente moins de 15% des articles et l'année 1995 plus de 50%, traduisant, nous le verrons, une évolution significative des téléacteurs, alors qu'une véritable industrie des téléservices en service en ligne prend forme. Ces 333 articles publiés sur 3 ans font une moyenne de plus d'une centaine d'articles annuels, un tous les trois jours environ, ce qui montre l'intérêt particulier que la presse porte à tout ce qui touche le télétravail dans la société française. La présentation d'un rapport public, ou une réunion internationale, les grèves des transports ou les jeux olympiques d'Atlanta sont autant d'occasions de re-évoquer ce thème.
Le télétravail a été longtemps dans la presse française un serpent de mer, un sujet mythique dans lequel étaient mêlées les espérances et les craintes de toute une profession, ou de toute une société, face aux changements, aux incertitudes de l'avenir ou aux avancées des nouvelles technologies. Aujourd'hui une évolution du traitement médiatique du télétravail s'observe à travers les thèmes abordés. Deux thèmes majeurs semblent avoir nettement évolué, dans un sens positif, depuis quelques années : la définition du télétravail et des téléactivités ; le profil du télétravailleur ne s'attarde plus sur l'emblème de la ménagère reléguée à la maison par le télétravail ou de la jeune mère avec des enfants en bas âge ! 'L'entreprise virtuelle', l'ouvrage de Denis Ettighoffer paru en 1992, a marqué son temps et heureusement contribué à modifier profondément les points de vue et le vocabulaire sur ces questions.
Par contre la mise en réseau et le travail en réseau, le travail coopératif à distance assisté par ordinateur, sont encore peu présents. Les sujets liés aux réseaux de travail en groupe n'apparaissent que dans la deuxième moitié de l'année 1995. Les articles où le groupware est évoqué comme pratique du travail à distance restent encore rares dans la presse générale. La presse spécialisée est la seule à l'aborder. L'omniprésence d'Internet, les progrès techniques ne sont pas étrangers à cet intérêt. Mais encore peu de journalistes généralistes font le lien entre Internet et le télétravail. Néanmoins les très nombreux articles consacrés à Internet commencent à faire le lit d'une culture populaire dans laquelle les réseaux feront effectivement partie de la vie quotidienne, tant domestique que professionnelle.
Au final, la presse française semble traiter mieux le télétravail que dans les années où elle savait mal faire la différence entre la théorie et la pratique, mais de là à dire qu'elle en brosse un tableau précis, exact et complet, il y a encore une grande distance à parcourir. D'où l'intérêt d'un fait marquant à la fin de l'année 1995 qui a vu apparaître une nouvelle publication 'Télétravail Magazine' entièrement consacrée au sujet et en 1996 'Horizons Téléservices, le mensuel des téléservices et des regroupements professionnels.
La montée en puissance des téléservices s'était déjà manifestée en 1994 avec l'annonce du premier syndicat des entreprises de téléservices, qui paraissait un signal fort de la transformation du monde du travail par le biais du développement des téléactivités et des services en ligne.
Les éléments qui paraissent les plus significatifs sont de trois natures :
1er élément : l'accélération de la diffusion technologique dans notre société. Les mobiles, les modems et les liaisons avec les réseaux électroniques de type Compuserve et Internet font fréquemment la une. D'où la montée en puissance des applications du 'bureau virtuel' qui devient la clé du développement du télétravail dans les compagnies qui doivent faire face à de nombreux freins, réels ou supposés, juridiques, techniques, économiques.
2e élément : le constat de l'émergence d'une véritable 'industrie' des services et des 'services en ligne'. La tendance à l'industrialisation des services due en partie à la concurrence donne naissance à une multiplicité de nouveaux services, d'emplois de téléacteurs, de télémétiers. Une opportunité qu'utilisent avec profit un nombre croissant d'individus ou de petites entreprises pour offrir leurs services et travailler à distance. Par contrecoup les attentes en matière d'aménagement du territoire, de créations de téléactivités, restent importantes.
3e élément : la création d'une véritable économie de la bureautique à domicile et de la presse spécialisée sur le télétravail. Comme aux États-Unis depuis quelques années, nous assistons à la mise en réseau des télétravailleurs (apparition des Cyberworkers) et à la création d'organismes spécialisés dans le télétravail qui a depuis un an deux festivals et deux revues spécialisées, "Télétravail Magazine" et "Horizons Téléservices" entièrement consacrées au télétravail et aux téléactivités.
Pour conclure, on peut constater un manque d'esprit critique de la presse, son manque de suivi des dossiers. On s'étonne aussi parfois de ce qu'elle publie sans commentaire, ni analyse sérieuse, le subjectif domine encore. Certains de nos étonnements viennent du silence relatif de la presse sur la montée en puissance des téléservices.
Nous nous sommes attachés à fournir des données chiffrées qui se trouvent en annexe à la fin du volume ; elles concernent les titres de journaux et les articles de presse, les thèmes abordés, les livres et rapports cités, les entreprises les plus fréquemment mentionnées. Les différents tableaux et graphiques visent à faciliter une lecture quantitative et immédiate du traitement médiatique du télétravail.
Le télétravail reste un thème à succès, porteur de mythes car il a un impact profond sur le monde du travail
On en parle, on se réunit : au cours des trois années étudiées, la presse annonce les rencontres qui se font autour du télétravail. Cela va de la simple réunion d'information, à la journée de sensibilisation ou au colloque. En 1996 le premier festival du télétravail et des téléactivités à Serre-Chevalier est né à l'initiative de la société Systemia et des élus locaux, maire, député et conseiller général. Ces colloques sont l'occasion de brasser les idées et de présenter les expériences les plus novatrices. La presse publie des comptes rendus des manifestations importantes, qui sont autant d'occasions pour les journalistes de faire le point sur le télétravail, ou d'interviewer un expert.
On favorise les échanges d'expériences : des clubs ou des associations se créent, dans la région Centre, par exemple, avec l'appui de la CRCI située à Orléans, organisent des rencontres régulières en face à face. Le Club télétravail Alsace entend répertorier les expériences alsaciennes. Le Club des Cyberworkers a proposé un forum sur le télétravail et les téléservices sur le réseau Internet à partir d'un cybercafé de Marseille.
On publie de plus en plus : quant aux livres, il s'en est publié une quinzaine ces dernières années, guide ou mode d'emploi, plus ou moins critiques, parfois satiriques, ils font l'objet de commentaires, d'annonces, plus rarement de critiques. Les auteurs sont interviewés, ils sont d'ailleurs souvent journalistes eux-mêmes. Une liste est publiée en annexe.
Les ambiguïtés des définitions demeurent
Comme dans l'édition précédente, la définition employée par Eurotechnopolis Institut est celle du Larousse : "Organisation décentralisée des tâches, le travailleur les exécutant à distance grâce à la télématique".
Cette définition garde l'avantage sur bien d'autres, car elle laisse ouvertes les questions relatives au statut du télétravailleur, indépendant ou salarié, à la durée de l'utilisation des NTIC, intensive ou non, et à la distance qui sépare les donneurs d'ordre, les personnes qui effectuent le travail et les clients. Enfin cette définition ne sépare pas télétravail intra-entreprises et inter-entreprises, téléservices et télé-activités.
Cette question des définitions a souvent, dans le passé, pris la forme de querelles de chapelles. Au cours de ces trois dernières années la presse ne s'est nullement fait l'écho de divergences de définitions. Elle semble avoir inclus dans le télétravail, de manière implicite, toutes les formes variées qu'il revêt. De ce fait, les journalistes s'interrogent souvent : le télétravail ? de quoi s'agit-il ? Ainsi l'ensemble de la presse régionale et nationale met sous le même terme les téléservices et les nouvelles entreprises qui se créent en télétravail, les externalisations et les transformations des grandes entreprises. Fait nouveau, la presse française, à de très rares exceptions près, considère le télétravail non plus comme un métier mais comme une (nouvelle) forme d'organisation du travail.
Ainsi la presse prend à son compte l'idée que le télétravail fait partie de tout un ensemble de transformations du travail observées ces dernières années. Pour ne citer qu'un exemple : dans son dossier intitulé : "Comment travaillerons-nous demain ?", L'Express du 14 mars 1996 y inclut le télétravail comme une des nombreuses variantes des nouvelles organisations du travail : pluriactivité, temps partagé, multi-employeurs, etc...
Certains journaux citent la définition du Conseil de l'Europe : "celui qui exerce un travail à domicile tout en utilisant les réseaux de communication et l'informatique ainsi que les nouvelles technologies avec son donneur d'ordre", définition qui exclut les travailleurs indépendants et les prestations de services assimilées aux téléservices.
La question des définitions n'a de sens que lorsqu'il s'agit d'établir des mesures quantitatives. Elles sont par nécessité méthodologiques et arbitraires, mais indispensables.
C'est moins évident lorsqu'il s'agit de trouver une formule universelle pour décrire un monde du travail qui s'affranchit des modèles de l'espace et du temps de travail traditionnels en utilisant les télécommunications dans les circonstances les plus diverses qui soient. La définition élaborée par Thierry Breton et rendue publique dans son rapport de novembre 1993, publié à la Documentation française en 1994, présente le télétravail sous la forme exclusive du télétravail salarié intra-entreprises, excluant les téléservices, les commerciaux ou autres nomades, ainsi que les télétravailleurs indépendants.
Cette définition (restrictive) permet de dénombrer 16 000 télétravailleurs en France à la fin de l'année 1993, tandis qu'un cabinet allemand travaillant pour la Communauté européenne en dénombrait 300 000 en 1996. Ce dernier ayant choisi une définition plus ouverte, conforme à celle de la politique européenne favorisant la société de l'information. La définition ouverte de la Communauté européenne sera certainement celle qui prévaudra à l'avenir, y compris en France.
"Tous télétravailleurs !" déclarait Denis Ettighoffer à Jean-Pierre Deroudille dans Sud-Ouest du 16 novembre 1994. Chaque fois qu'il sera économiquement plus rentable d'utiliser les NTIC, dans de nouveaux lieux de travail, cette utilisation sera favorisée au détriment d'autres formes d'organisation plus traditionnelles. La croissance des téléactivités, donc des téléacteurs, élargit singulièrement le nombre des télétravailleurs, dont ceux qui, téléprésents chez leurs clients grâce aux télécommunications, viennent au bureau tous les jours !
Les événements montrent l'opportunité du télétravail
Chaque fois que des événements d'importance font obstacle aux transports terrestres, les journalistes se remettent à découvrir que les télécommunications se substituent aux transports sans difficulté dans bien des occasions. Alors se repose la question trop fréquemment repoussée : si les transports deviennent une contrainte, une perte ou un fléau, pourquoi continue-t-on à se déplacer lorsque cela n'est pas une nécessité ? Au cours des trois années étudiées deux événements ont joué ce rôle : les grèves des transports de novembre-décembre 1995 et les Jeux Olympiques d'Atlanta en juin 1996.
Les grèves de novembre-décembre 1995
La région parisienne a connu des embouteillages énormes au cours des semaines de grèves qui ont paralysé les transports singulièrement dans l'agglomération parisienne à la fin de l'année 1995. Outre les nombreuses trouvailles d'organisation que les Franciliens ont utilisées pour se déplacer malgré les difficultés, une pratique de la réunion à distance s'est renforcée.
Déjà depuis plusieurs années les attentats et la guerre du Golfe avaient montré tout l'intérêt qu'il y avait à se réunir grâce aux moyens de télécommunications. Les progrès du multimédia et l'offre plus complète de France Télécom ont facilité ce type de réunions, notamment en terme de sécurisation des communications. Les entreprises veulent être assurées de la confidentialité des échanges et qu'aucun intrus, surtout dans les réunions où les participants sont nombreux, ne viendra s'introduire subrepticement.
Les réunions à distance par téléphone qui relient jusqu'à 20 personnes sur 20 sites différents ont vu leurs réservations augmenter de plus de 60% en décembre 1995. Les visioconférences qui utilisent des terminaux spécifiques et des studios aménagés, avec images et son, ont augmenté de 100% à la même période.
Les Jeux Olympiques d'Atlanta
Prévoyant un afflux hors du commun de visiteurs, la ville d'Atlanta est devenue, le temps des Jeux Olympiques de l'été 1996, un laboratoire en grandeur réelle de télétravail. Le comité d'organisation avait prévu qu'un tiers des salariés des grandes entreprises travailleraient depuis leur domicile ou en banlieue afin d'éviter les embouteillages que susciteraient inévitablement les grandes manifestations sportives.
Un nouveau réseau en fibre optique, spécialement renforcé par la compagnie de téléphone Bell South, a transporté les données échangées par les plus de 30 000 salariés, un tiers des 100 000 salariés du centre ville, temporairement délocalisés. Cet exemple à une échelle inédite jusqu'alors concernait aussi bien les salariés des administrations, que ceux de cabinets d'avocats et même de Coca-Cola.

I. DES EXPERIENCES À LA GENERALISATION DES PRATIQUES : ÇA PATINE

Au cours des trois dernières années de nombreuses concrétisations se sont réalisées sur le terrain. Comme l'écrit Danielle Rouard dans Le Monde du 11 mai 1996 "une incursion dans les entreprises qui se sont lancées dans l'aventure donne quelque chair à l'esquisse". Des initiatives individuelles aux très grandes sociétés, sous des formes plus ou moins mobiles, du sédentaire au nomade, avec des métiers traditionnels ou novateurs. Il règne une grande variété de pratiques, et ce dans toutes les régions de France.
Le domicile n'est pas le lieu de travail le plus fréquemment cité lorsqu'il s'agit de cas concrets. Par contre, le domicile est mis en avant dans les articles généraux qui traitent du télétravail, de ses méfaits, de ses inconvénients et des risques d'exploitation qu'il contient. Quelques indépendants cités exercent leur activité partiellement à domicile.
Le télétravail se pratique en travailleur indépendant ou comme salarié d'une entreprise. Des ingénieurs commerciaux nomades se rapprochent ainsi de leur clientèle. Telle a été la démarche des grands constructeurs d'informatique comme IBM, DEC, Intel ou Bull. Le lien téléinformatique se situe entre le commercial et son entreprise.
Des réalisations en attente de marchés, des projets dont on ne sait pas s'ils se sont réalisés. L'empressement de la presse la conduit à évoquer nombre de projets qui ne se sont pas encore concrétisés. Ainsi un métreur, descripteur qui propose des devis estimatifs par télétravail, "envisage" d'étendre son centre à d'autres métiers espérant créer ainsi huit postes de métiers variés : économiste, traducteur, ou programmeur. La jeune chambre économique de Vesoul "étudie" la création d'un centre de télétravail capable d'offrir une palette de téléservices classiques de frappe et de saisie de documents, mais aussi de transfert d'appels, de gestion de messagerie, et entend ainsi proposer à des entreprises son étude de marché. De même la plate-forme multimédia d'Honfleur "va permettre" la création d'emplois dans des domaines aussi variés que la télé-médecine, le télé-enseignement et le télétravail. Ou le télécentre de la Citadelle à Bastia destiné à pérenniser cinq emplois et à en créer une quinzaine de nouveaux, espère un effet d'entraînement dans d'autres activités économiques, sociales et culturelles.
Telle association dont l'idée était de mettre en réseau les compétences de plusieurs personnes fait l'objet d'un article sur deux colonnes. Renseignement pris au numéro de téléphone indiqué, le projet n'a jamais pu démarrer du fait des tracasseries administratives diverses, d'impossibilités juridiques entre plusieurs statuts, plusieurs employeurs, combinés avec des temps partiels. Ces difficultés qui sont réelles sont rarement soulignées par les journalistes.
1.1. Des entreprises de téléservices naissent à travers tout le pays
Entreprise emblématique, la société PBS incarnait le télétravail alors qu'elle n'était que le prototype des premières entreprises de téléservices qui vont se multiplier après les années 1990. Cette entreprise, installée dans un village de la Meuse, Demange-aux-Eaux, était spécialisée dans le télésecrétariat. Le télésecrétariat est devenu aujourd'hui un secteur très concurrentiel qui réclame une industrialisation, assortie d'une recherche intensive de marchés, et d'une forte baisse des tarifs, obligeant à une productivité toujours plus élevée. Dès lors les entreprises ou les individus qui se lancent dans ce créneau, et ils sont nombreux à s'y essayer, subissent cette très forte pression du marché. D'autres initiatives montrent une diversification des pratiques de télétravail.
Le chiffre d'affaires des téléservices était évalué à 33 milliards de francs en 1993. Il est estimé à 200 milliards de francs pour l'an 2005. Ce secteur est donc considéré comme un véritable enjeu économique.
La presse régionale s'est faite le champion des initiatives locales. De très petites entreprises de quelques personnes, offrant des téléservices classiques : télésecrétariat, dactylographie, permanence téléphonique ou tenue d'agenda font l'objet d'entrefilets. Les informations sont minces : le nom de la société, l'activité, le lieu d'implantation. Mais il en ressort une forte impression de foisonnement partout en France, du nord au sud, d'est en ouest.
Les téléservices s'exécutent à partir de bureaux implantés dans des agglomérations de petite ou de moyenne importance avec l'idée de garder des emplois au pays.
Ainsi Telpro qui s'est créé en Loir-et-Cher à Lamotte-Beuvron, externalisation de la gestion de base de données du groupe Francis Vidal, centralise la prospection téléphonique des antennes mobilité réparties sur toute la France, capitalise les informations et assure à distance ses compétences en ressources humaines. Dans le groupe on déclare volontiers que l'avenir c'est l'externalisation des services.
A 45 kilomètres au nord de Sisteron la société Transfaire offre un service à tiroir, segmenté ou complet du traitement du document depuis la rédaction jusqu'à l'édition, en passant par la correction, la mise en page, le stockage, le routage, la traduction, etc... Elle comprenait 14 salariés en 1994.
La société Télergos qui s'est spécialisée dans le télésecrétariat, et se déclare numéro 1 français en la matière, regroupe cinq centres essentiellement dans le nord-est, où une centaine d'employées saisissent et corrigent les documents ou le courrier ; elle a déclaré avoir édité en 1994 quelque 950 000 pages.
A Perpignan, la société S2M offre une panoplie de services de secrétariat complet au centre commercial d'Épicentre : saisie de courrier, factures, devis ou écritures comptables, permanences téléphoniques personnalisées et prise de messages. Elle vise la clientèle des très petites entreprises qui ne sont pas en mesure de s'offrir les services d'une secrétaire permanente.
Plusieurs dizaines de créations d'entreprises sont ainsi décrites et donnent une impression de foisonnement.
Les entreprises de services s'organisent en réseau afin de mutualiser leurs coûts de production et de commercialisation.
Des entreprises, ou des petites structures s'organisent peu à peu en réseau de compétences. Selon Francis Vidal les téléservices participent à la création d'une nouvelle économie basée sur l'échange interactif sur les réseaux de télécommunication. Quelques exemples illustrent ce propos.
La Société Fitertel/TPS à Lamballe regroupe plusieurs sociétés de téléservices organisées en réseau pour effectuer un accueil téléphonique 24/24 et une astreinte sur l'ensemble Bretagne-Pays-de-Loire pour les médecins.
AvenServices, une société unipersonnelle installée en région orléanaise s'est associée avec d'autres micro-entreprises afin que ses clients trouvent toujours un interlocuteur lors de vacances par exemple, et pour une meilleure gestion des compétences selon le travail demandé..
Végalog entend mettre en place un réseau de télétravailleurs indépendants pour proposer la gestion du personnel, externaliser certaines expertises d'ingénierie informatique notamment..
Translatel est une société d'interprétariat par téléphone qui comprend une quinzaine d'emplois permanents et anime un réseau de 300 interprètes répartis en France et hors de France qui font des traductions simultanées..
Enfin la ville de Niort a un projet de télétravail, son maire Bernard Bellec veut mettre en réseau interactif la communauté de commune autour de sa ville afin de permettre à des communes rurales de disposer des mêmes informations que les services centraux de la mairie. Les lettres que les maires dicteront via leur ordinateur multimédia seront tapées par la secrétaire de la commune qui sera en ligne ce jour-là. Vingt-trois postes seront installés entre les communes périurbaines et rurales, le tout avec une simplicité d'utilisation qui tient compte des utilisateurs qui ne sont pas des techniciens.
De tels projets de réseaux de communes existent déjà aux États-Unis. Depuis 1988 un réseau destiné aux résidents de la commune de Santa Monica est consulté par 6500 usagers réguliers qui trouvent en ligne des informations sur les transports, les activités culturelles locales. Ils peuvent suivre les débats du conseil municipal et donner leur avis sur les sujets d'intérêt collectif.
Un nouveau partenariat entre les collectivités territoriales et les entreprises Nombre de conseils généraux et d'élus locaux, de pouvoirs régionaux investissent sur les marchés de services, avec des bonheurs divers. Cet activisme des élus locaux crée une nouvelle logique de partenariat entre les collectivités locales et les entreprises favorable à la création d'emplois et aux expérimentations en matière d'activités de services à distance.
1.2. Une forte attente en matière d'aménagement du territoire
Les descriptions des entreprises de télétravail et de téléservices expriment directement et indirectement une forte attente en matière d'aménagement du territoire. Les arguments en faveur du télétravail abondent. Il apporterait du travail en régions, revitaliserait les zones rurales, rééquilibrerait le territoire, développerait l'emploi. Il diminuerait les contraintes liées à l'environnement du travail et aux déplacements, notamment les trajets domicile-travail. Il permettrait de décentraliser des services situés en zones urbaines, de contribuer au maintien ou au développement d'activités hors des grandes agglomérations et de réaliser un véritable partage géographique du travail.
Ainsi chaque nouvelle implantation apporte son cortège de bienfaits escomptés : démontrer la possibilité de promouvoir en milieu rural des métiers à l'aspect futuriste, donner un coup de pouce à des régions qui se sentent délaissées, sauver la France de la désertification.
Après l'impulsion au niveau gouvernemental donnée en 1993 par les ministres Charles Pasqua et Alain Madelin, la création d'une mission pour le télétravail confiée à Thierry Breton, qui rend en novembre 1993 son rapport, bien décrit dans la précédente édition du "Télétravail dans la presse", les élus locaux comprennent peu à peu que leur action est nécessaire pour conserver l'emploi local. Ils multiplient les projets, avec l'aide financière de la DATAR ou de la Communauté européenne. La région du Nord-Pas-de-Calais est un bon exemple de l'action concertée entre ces différentes instances. D'une part elle fait partie des six régions européennes désignées comme régions-pilotes d'application des nouvelles technologies par la Communauté européenne ; d'autre part une convention a été signée par le préfet de région et le président de l'assemblée départementale avec la DATAR, pour la mise en réseau des ruches d'entreprises et des maisons du conseil général. Le projet a été primé par la DATAR lors de son deuxième appel à projets qui finance à hauteur de la moitié l'investissement chiffré à 180 000 Francs. Enfin six projets émanant de la région ont été retenus au titre de l'appel à projets sur les autoroutes de l'information mis en place par le ministère des Technologies, de l'Information et des Postes en 1995.
D'autres réalisations sont plus modestes mais montrent l'engagement des élus qui n'hésitent pas à créer des centres équipés de matériel électronique et de liaisons de télécommunication. A Lamballe, la municipalité a largement contribué à l'équipement du télélocal ouvert par la société Fitertel. A Pouancé en Maine-et-Loire, une association fondée à l'initiative du maire de la commune, s'est donné comme objectif d''être le médiateur entre l'offre et la demande, en donnant l'occasion aux télétravailleurs d'utiliser les moyens de pointe'. L'article conclut : 'reste à trouver les entreprises intéressées'. Le maire de Châtillon-en-Dunois, qui veut rester réaliste, tient un discours plus économique ; il estime qu'il faut s'appuyer sur le marché pour réussir ces projets, et qu'il ne convient pas de se lancer sans étude préalable.
La DATAR omniprésente Selon la chargée de mission pour les technologies de l'information de la DATAR, le développement du territoire n'est plus lié au transport de marchandises, mais à celui de l'information devenu un enjeu stratégique. C'est pourquoi les réseaux qui la véhiculent doivent être accessibles sur tout le territoire pour que les téléservices se développent. C'est dans ces secteurs immatériels que gisent les emplois de demain. D'où l'intérêt de la DATAR pour les activités immatérielles et le télétravail. L'action de la DATAR en matière de télétravail a commencé au début des années 90, avec des rapports sur le télétravail offshore, le marché international de la matière grise, le travail tertiaire délocalisé au-delà des océans, et sur la télé-économie. Après un premier appel à projets en décembre 1991, elle poursuit son action et lance un deuxième (et dernier) appel à projets le 21 décembre 1993 baptisé 'Le télétravail : outil pour l'emploi et la reconquête du territoire' déclarant que cette opération concernait 100 000 emplois. L'appel à projets suscite 344 réponses et finalement 152 projets sont retenus. L'attente en nombre d'emplois escomptés est très surévaluée. Ils ne seront en fin de compte au plus que de 500, pour 2700 emplois concernés en tout. L'action de la DATAR est abondamment traitée par l'ensemble de la presse qui y revient à maintes reprises. C'est l'organisme le plus souvent cité et de loin. L'apport financier aux projets qu'elle soutient est de l'ordre de 50% du budget total et contribue fortement au développement du télétravail et à sa banalisation auprès des élus, des créateurs d'entreprises, et de l'ensemble du pays en général. Ce financement se combine parfois avec des financements européens, comme le fonds Leader, accordé à une entreprise de télétravail de Castelmoron dans le Lot-et-Garonne décrit par La Tribune Desfossés du 6 juin 1994, où onze emplois de secrétaires ont été créés et une trentaine d'embauches 'prévues d'ici à la fin 1994'. Cette société a reçu 'un million de francs de l'Europe en plus des 2,6 millions (de francs) de subventions DATAR et collectivités locales', bilan de l'initiative "plutôt encourageant", concluent sans sourciller les journalistes. La DATAR a soutenu grâce à ses deux appels à projets, en tout 225 expérimentations encore en cours de fonctionnement selon la chargée de mission. Il s'agit d'une politique d'incitation qui porte ses fruits au prix d'un investissement important.
Une concurrence accrue des pays limitrophes en matière de services Les délocalisations ne sont plus exotiques. Seuls quelques très rares articles ont fait de la délocalisation un thème central ces trois dernières années. Il n'est plus question des îles lointaines, mais de pays bien plus proches de nos rives : le Maroc par exemple où est effectuée de la saisie informatique de romans qui seront imprimés en France ou en Belgique. Sagma, entreprise créée en 1988, emploie environ 120 jeunes, et a su se tailler une place malgré une forte concurrence des entreprises indiennes. Mais son savoir-faire et la connaissance de la langue ont été des atouts importants. D'autres sociétés, localisées à Rabat ou à Casablanca, créent des logiciels de PAO, ou sont spécialisées dans la télématique dédiée aux opérations bancaires, autant de "niches" où elles demeureront cantonnées, tant que le "Maroc restera associé au soleil et à la misère". Autre lieu de délocalisation, l'Europe elle-même. Courrier International se fait l'écho d'une grève qui en Allemagne a failli être brisée par des Néerlandais travaillant dans la même entreprise, Digital, mais aux Pays-Bas. Un accord de dernière minute est venu à point nommé pour l'éviter. L'Europe de l'Est, après l'Inde avec ses informaticiens compétents et créatifs qui depuis plusieurs années avait déjà attiré les grands de l'informatique, devient à son tour un des lieux de production de software : Minsk, Riga, la Roumanie, la Bulgarie sont déjà sur les rangs. Polonais et Hongrois proposent des prix imbattables, selon un responsable syndical allemand. IG Metall n'a que le protectionnisme à opposer à ce type de concurrence. Dans la presse la frayeur n'est plus de mise pour écrire sur l'économie des entreprises qui pratiquent le travail virtuel en équipe où le soleil ne se couche jamais.
1.3. Les transformations des espaces de bureau
Les entreprises sont en train d'envisager des modifications radicales des espaces de travail qui remettent en cause l'architecture des immeubles de bureaux. L'identification entre un poste de travail et un salarié est en train d'être bouleversée. Un "space planner", comme le cabinet d'architecte Majorelle spécialisé dans l'aménagement des bureaux, à mi-chemin entre le conseil en organisation et l'architecte d'intérieur, aide à optimiser les postes de travail de chaque salarié et à réduire la place perdue.
Ces grandes transformations touchent avant tout des entreprises liées à l'informatique (IBM, Bull, DEC, Hewlett Packard, Intel, Texas Instruments, Sun Microsystems, Cirrus Logic, une "entreprise virtuelle"), des cabinets de conseil (Andersen Consulting, Eurolog...), des banques (BNP, Crédit Lyonnais, Indosuez) ou de grandes entreprises industrielles (Compagnie française des pétroles, Merlin-Gérin, Rhône-Poulenc...).
Andersen Consulting qui déménage de la tour Gan à La Défense vers l'avenue George V à Paris, illustre cette façon de réduire la surface dévolue à chaque consultant. Elle est passée de 10 à 5 m2 en moyenne, la plus basse du groupe. Réduction des coûts qui permettra d'ailleurs à Arthur Andersen de revenir sur une adresse de prestige. Mouvement que feront d'autres sociétés qui dans un premier temps avaient dû s'installer dans la banlieue parisienne.
IBM France a réussi à économiser des dizaines de milliers de mètres carrés de bureaux grâce à sa nouvelle organisation. Un tiers du personnel, soit 4200 personnes dont 1200 commerciaux et un millier d'ingénieurs de maintenance auxquels se sont récemment ajoutés des administratifs sédentaires, est devenu adepte régulier ou occasionnel du télétravail. Bull, en accord avec les partenaires sociaux, a réduit ses implantations en région parisienne de 26 sites à 6. A la direction régionale de la région Centre qui regroupe plusieurs départements 40 ingénieurs commerciaux se sont mis à pratiquer le télétravail, avec un système de hot desking. Chez DEC, en France, 250 commerciaux sont devenus nomades.
Le bureau virtuel ou de passage fait florès Les entreprises, à la recherche d'économies et d'efficacité, souhaitent réduire leurs frais généraux et transformer les coûts fixes en coûts variables. Pour cela, elles visent en priorité à réduire les coûts de leurs bureaux ou à gagner en surface disponible, selon la direction donnée par M. de Carpentries chez Bull 'réduire tous les coûts qui ne sont pas utiles au client'. Une entreprise a ainsi réalisé des économies de frais fixes de 20 à 30% par le passage à des bureaux ouverts. En même temps, un changement s'est opéré dans l'image de l'entreprise. La taille du siège social a perdu de l'importance, les entreprises se soucient surtout de sa fonctionnalité au point qu'Alain Lebaube dans Le Monde se demande si 'les mutations en cours annoncent le déclin du siège social en tant que tel. Par ailleurs, ces transformations accompagnent des changements dans l'organisation même des entreprises qui veulent 'restructurer à l'horizontale', 'optimiser l'utilisation des locaux' et encouragent le travail hors du siège social. Le bureau tournant s'appuie sur des tendances lourdes. Des facteurs économiques divers expliquent ce mode d'organisation de l'espace que sont les bureaux partagés ou virtuels. L'immobilier de bureau, notamment en région parisienne, connaît de gros problèmes depuis 1987. Le marché est saturé, quatre millions et demi de m2 de bureaux étaient vides à Paris en 1994. Aux États-Unis, les employés sont de plus en plus réticents à accepter les déménagements de l'entreprise ou les mutations qu'impose l'évolution de leur carrière. Comme le dit le patron de la société d'assurances Aetna Life & Casualty "les règles actuelles en vigueur dans les entreprises ont été conçues pour des hommes dont les femmes restaient à la maison en permanence" ; or, dans cette entreprise en particulier, seuls 10% des employés ont des conjoints qui restent chez eux.
Les bureaux tournants On les appelle "nomades", "SBF' (sans bureau fixe) ou adeptes du "hot desking" ou "bureau tournant", tous ces ingénieurs commerciaux ou consultants qui n'ont plus de bureau attitré et viennent travailler de temps en temps au siège où ils s'installent sur un emplacement vacant qu'ils personnalisent pour une heure ou une demi-journée en branchant leur ordinateur et leur téléphone portables et en tapant leur code confidentiel qui les fait reconnaître par le système informatique central auquel ils sont connectés. La direction de l'entreprise a pris soin d'organiser le nouvel espace avec des modules individuels autour d'une salle de séjour commune. Le siège sert de centre de ralliement pour un point hebdomadaire ou des réunions internes ou avec les clients. Les entreprises comme IBM, Bull ou Intel sont les plus souvent citées. Le bilan de l'expérience d'Andersen Consulting est "trés positif", selon le concepteur du projet, dans la mesure où dorénavant les consultants passent 80% de leur temps avec leur client. De plus, 'un junior peut entrer en contact avec un associé beaucoup plus facilement'. L'espace de l'avenue George V a été complètement repensé. Chaque consultant doit réserver, comme dans un hôtel, son espace de travail et des espaces conviviaux sont aménagés pour accueillir les consultants et leurs clients. Se rapprocher du client, c'est se rapprocher de lui, et aussi l'amener à venir jusqu'au siège. La réussite de ces expériences réclame une évolution des mentalités. Toute l'organisation de l'entreprise se trouve modifiée, souvent il devient nécessaire de 'faire exploser une logique vieille de deux siècles', de bousculer les habitudes, en particulier de ceux qui ont du mal à renoncer à leur bureau fixe. Certains journalistes y voient un risque d'éclatement des entreprises. Le Monde Informatique du 12 juillet 1996 donne des conseils pour réussir. D'abord, instaurer une philosophie basée sur la confiance, le responsable d'Andersen Consulting y déclare : 'la dérive individuelle ne mérite pas le temps que l'on passera à la corriger'. Ensuite, casser les barrières et les obstacles à la communication, sécuriser et former les personnes avec lesquelles on travaille, apprendre à gérer son temps et son autonomie, créer des lieux de rencontre et de partage de connaissances.
Les bureaux satellites Le concept de bureau satellite semble avoir été redécouvert récemment par les Japonais qui ont créé une Association des bureaux satellites. Il s'agit de bureaux d'une entreprise situés près des zones d'habitation et si possible près des logements des employés qui viennent y travailler, pour mettre fin aux trajets domicile-travail ou rapprocher le domicile du lieu de travail. Des entreprises comme Fuji, Xerox, NEC, Fujitsu, Mitsubishi ou NTT ont développé cette formule en mettant en place de petites unités et en décentralisant certaines tâches. Une telle modification de l'environnement du travail a produit des effets positifs : une réduction des coûts, l'augmentation du rendement, l'élimination du stress, auxquels s'ajoute le changement de mentalité des salariés. Il a fallu surmonter les réticences des dirigeants qui acceptaient mal que le travail ne s'effectue pas sous leurs yeux.
Les centres de services et de ressources partagés (CSRP) Un CSRP est un mélange de plusieurs ingrédients : location de bureaux équipés, domiciliation d'entreprises, renvoi du courrier, fourniture de ressources bureautiques ou multimédias, services de proximité ou services à distance pour des entreprises ou des particuliers : secrétariat téléphonique, dactylographie, reprographie, PAO et création d'images, assistance commerciale, etc... Les plus avancés d'entre eux (Buroclub, Multiburo, etc...) sont en train de se transformer en centre de services ou de téléservices spécialisés, l'apport de compétences prenant le pas sur la fonction d'hébergement. Ils offrent l'accès à la matière grise, à des compétences nouvelles, à des services basés sur les NTIC, à des supports logistiques pour la formation à distance. Courrier International présente l'exemple de Kinko's aux Etats-Unis qui a commencé vers 1990. Cette entreprise virtuelle a débuté comme self-service de photocopie et s'est transformée en chaîne internationale (États-Unis, Canada, Japon, Pays-Bas) de boutiques ouvertes 24h/24 qui vendent des services, louent des ordinateurs à l'heure, des salles de vidéoconférences, etc..., avec un vif succès.
Les bureaux de voisinage du CATRAL : un projet encore à la recherche de son marché Le concept de "bureau de voisinage" imaginé par les responsables du CATRAL, agence pour l'aménagement du temps de travail et des loisirs, émanation du conseil régional de l'Ile-de-France avec le soutien de Michel Giraud, a été réfléchi d'abord avec la RATP. Il s'agit de bureaux aménagés aux terminus des transports en commun, SNCF, RER ou RATP, ou dans des villes situées à une heure de Paris : Orléans, Creil, etc... Ce projet, dont les journalistes annoncent depuis juin 1994 la réalisation prochaine, s'appuie sur plusieurs études : sur les personnes susceptibles de télétravailler, sur les tâches facilitées et sur le temps passé dans les transports. Plus du tiers des actifs en Ile-de-France : 36%, soit 400 000 personnes, seraient susceptibles de télétravailler une partie de leur temps ; le temps de transport des Franciliens équivaut à l'ensemble du temps de travail des Lyonnais. Les bureaux de voisinage, équipés des outils de traitement et de communication les plus performants, accueilleraient des salariés d'entreprises, des indépendants, des commerciaux, qui grâce à une carte à puce réserveraient leur poste de travail. Une formation à la téléactivité, une vitrine de l'économie locale et la structure de gestion du centre y seraient également présentes. Ils reposent sur l'idée d'un cercle vertueux de l'évolution immobilière grâce au travail à distance, combinant une implantation de bureaux équipés en périphérie, une diminution de surfaces de bureaux dans la capitale, et la transformation de ces espaces de bureaux en logements. Effets attendus : gain de temps (sur les transports) pour les salariés, économies dues à la réduction des surfaces de bureaux, pour les entreprises, encouragement des projets urbains axés sur la qualité de la vie, diminution de la pollution, désengorgement des transports et diminution des embouteillages. Le CATRAL estime à 100 000 heures par jour en Ile-de-France l'économie potentielle des heures de transports, 50 tonnes d'économies par jour de pétrole et une réduction de une tonne par jour d'émissions polluantes. Le schéma prévoit en 1994 près de 40 bureaux de voisinage aux alentours de Paris. En novembre 1995 les grèves des transports ont montré tout l'avantage que ces bureaux de voisinage pourraient apporter, le chiffre avancé 'pourrait être d'ici à quelques années de 80 centres autour de Paris, si les résultats étaient concluants'. Ce sont quelque 400 000 personnes par jour qui pourraient être accueillies dans de telles structures. Mais ces bureaux de voisinage n'ont pas encore vu le jour malgré des articles annonçant la réalisation prochaine d'un site pilote à Denfert-Rochereau. Le 6 juillet 1996 Le Figaro annonce enfin qu'une centaine de bureaux de voisinage seront 'mis en service d'ici cinq ou sept ans'. Le suivi journalistique décrit ici un projet (qui réclame un temps de réalisation assez long) sans donner de véritables précisions quant à sa faisabilité, tout en annonçant des chiffres apparemment fantaisistes si on s'interroge un minimum sur les difficultés de développement des Centres d'Affaires ou 'bureaux équipés' qui existent depuis fort longtemps.
Les télélocaux ou télécentres Les télélocaux dans les pays nordiques font partie de la littérature classique du télétravail depuis une quinzaine d'années. Pour l'instant, ce concept ne s'était concrétisé en France que sous la forme des CSRP. Une expérience-phare s'en est récemment rapprochée en France, celle du télécentre du Val-de-Moder, mis en place à l'initiative d'une ex-ingénieur d'affaires d'IBM en juin 1994. Il regroupe quatre communes qui sont propriétaires du centre et qui ont reçu l'appui de la Mutualité sociale agricole, du conseil général du Haut-Rhin, de l'école supérieure de commerce de Strasbourg, de l'ADEC et de la CEE dans le cadre du programme Adapt. Au départ le télécentre s'est lancé dans une activité classique de télésecrétariat, saisie et PAO afin d'embaucher six chômeurs et de créer une dizaine d'emplois. Une diversification s'est développée autour de la formation, de l'information, du conseil (club micro, infothèque) et du multimédia. Il y a eu une véritable création d'activité à valeur ajoutée locale qui a permis de consolider les postes de travail et de constituer une nouvelle filière professionnelle locale.
Bilan des économies réalisées Divers chiffres sont cités, mais aucun article ne présente un bilan approfondi de cette question. Les économies de frais fixes obtenues par le passage à des bureaux partagés seraient de 20 à 30%. Les milliers de mètres carrés de bureaux économisés sont mentionnés, mais par leur coût. D'autres journalistes signalent une réduction de 23% des dépenses de bureaux en 3 ans, d'une économie moyenne de 185 000 F par salarié, d'une réduction des dépenses de 22% du chiffre d'affaires ou d'un retour sur investissement de 6 mois à 1 an, sans qu'un horizon précis puisse être fixé.

II. LES OUTILS DU TELETRAVAIL

Dans l'ensemble les outils (en général) du télétravail sont assez bien traités. De façon plus complète par les journaux spécialisés : nouveautés, prix, utilisation par des consultants praticiens ou des experts. De même la presse nationale quotidienne se fait volontiers l'écho des nouveautés techniques.
Toutes les technologies utilisées pour exercer en télétravail existent déjà sur le marché depuis plusieurs années. Les difficultés de transport et de communication ont stimulé l'imagination dans les entreprises. Les nouveaux produits apparus sur le marché depuis 1993 sont plus performants, plus communicants, plus maniables et moins coûteux. Beaucoup combinent l'informatique, l'électronique grand public et les télécommunications. Dans tous les cas, la sécurité du système d'information et la protection contre les pannes et le piratage revêtent un aspect essentiel.
2.1. Des performances accrues et des services plus variés pour des outils mobiles et communiquants
Les micro-ordinateurs deviennent de véritables machines multimédias qui apprennent à marier données informatiques, sons, images fixes et séquences vidéo. Les constructeurs présentent de plus en plus des ensembles bureautiques prêts à l'emploi. Plusieurs d'entre eux se sont lancés dans le multimédia pour des conférences à distance avec des fonctions de communication étendues ou dans la visioconférence où il est possible de se parler et de se voir sans se déplacer, mais qui réclame un équipement plus lourd.
Les systèmes de renvoi d'appel au domicile du salarié, de numéro vert ou de carte France Télécom permettent au télétravailleur de téléphoner et d'être appelé chez lui, comme au bureau, aux frais de l'entreprise. Les itinérants font appel à la panoplie des Bi-Bop et autres téléphones mobiles, voire aux systèmes de radiomessagerie moins onéreux et parfois aussi efficaces.
La télécopie est la technique qui a réussi à s'emparer le plus rapidement des micro-ordinateurs. Le micro-ordinateur doté d'un fax-modem intégré ou d'un boîtier externe est devenu un super-téléphone incorporant des fonctions multiples, téléphone, répondeur, Minitel, télécopieur, etc. France Télécom a voulu accélérer cette révolution communicante grâce à une politique de partenariat avec des constructeurs comme IBM France et Apple France. Le premier né a été Djinn qui transforme n'importe quel micro en super téléphone.
Ericsson et Novell ont mis sur le marché le premier kit Teleworker issu de leur collaboration et destiné au grand public. Il contient un modem, un accès distant aux réseaux Novell, un accès Internet, un logiciel de télécopie ainsi que tous les éléments nécessaires pour communiquer à distance avec l'entreprise.
Les micro-ordinateurs portables se transforment de plus en plus en appareils communicants ; ils sont devenus les outils indispensables de l'homme nomade. Et notamment des ingénieurs commerciaux mobiles qui tiennent à jour leurs fichiers de clientèle, d'articles et de facturation et transmettent les documents au siège de l'entreprise. Des logiciels les aident à gérer leurs rendez-vous, à établir des comptes-rendus de visite et à transmettre les commandes. En accédant à distance au réseau local de leur entreprise, ils retrouvent le même environnement que s'ils étaient reliés et restés dans leur bureau. Intel a lancé un appareil fax-modem de la taille d'une carte de crédit pour des ordinateurs portables.
2.2. Des prix d'accès en baisse continue favoriseraient la diffusion des outils communiquants
Dans les articles consacrés aux outils la question de leur coût est sérieusement abordée, non seulement dans les revues spécialisées comme Le Monde Informatique, mais aussi dans des journaux de la grande presse nationale. Les journalistes ne limitent plus le coût au seul prix des outils, ils y incluent également les frais d'installation, les frais d'équipement, et les coûts de fonctionnement. Ils rendent ainsi mieux compte du coût général qu'entraîne une installation à distance. Pourraient également s'y ajouter les coûts de formation qui, eux, ne sont pas précisés.
L'investissement pour un poste de télétravail se situait entre 20 000 et 100 000 F en 1994. Cette fourchette a été réduite en 1995, puisque beaucoup d'articles citent des montants entre 20 000 et 30 000 F, parfois un peu plus par exemple 900 000 F, pour 20 postes de travail et l'accès au réseau. Andersen Consulting a calculé que le coût par consultant était comme avant leur déménagement de 65 000 F, avec une répartition inversée entre le coût d'hébergement individuel et l'investissement technologique par consultant (soit 25 000 F d'outils et 40 000 F d'espace de bureau à La Défense, et 40 000 F d'outils et 25 000 F d'espace de bureau Avenue George V, dans les bureaux virtuels). Le coût minimum du bureau à domicile se situe autour de 50 000 F. La location d'un bureau de voisinage sera peut-être de 800 F par m2, selon Le Figaro du 6/7 juillet 1996, une location à l'heure est aussi envisagée.
Un kit qui combine la visiophonie et l'accès à un réseau distant conforme à la norme européenne H320, coûte moins de 20 000 F en 1996. Selon Infonetics, les entreprises américaines vont dépenser environ 10 000 $ par personne et par an, en 1996, pour fournir un accès de visiophonie à distance à leurs employés : 2/3 pour l'achat de matériel et de logiciels, les frais de communication, les coûts d'organisation et de formation ; 1/3 pour les coûts cachés (configurer les systèmes mobiles et résoudre les problèmes de connexion).
La visioconférence voit son utilisation encore limitée à cause du coût élevé du matériel. France Télécom a passé des accords de coopération avec Intel, Matra et la SAT pour développer des applications de vidéoconférence sur micro-ordinateur et produire des équipements dont les prix s'échelonneront entre 3500 et 20 000 F.
2.3. Un frein : le coût des communications
Les tarifs imposés par France Télécom, en situation de monopole jusqu'à la fin de l'année 1997, malgré l'entrée très prochaine sur le marché concurrentiel, semble un sujet que la presse ignore totalement. Quelques rares articles mentionnent le coût élevé des télécommunications dans le coût général du télétravail sans pour autant devenir un frein majeur. Pour Axa, par exemple, il est clairement dit que les transmissions coûtent cher, de 1500 à 2000 F par mois et par personne. Un seul article réclame explicitement la baisse importante des tarifs de télécommunication. Selon Science & Vie de septembre 1996, France Télécom estime que dans 30 ans le télétravail représentera un chiffre d'affaires de 30 milliards de F.
Ce qui pourrait limiter le développement du travail en groupe... Ce n'est que depuis 1995 que le travail en groupe ou groupware a été associé avec le télétravail. Voilà déjà plusieurs années que le collecticiel, le travail en réseau interne a été décrit dans la presse spécialisée et même nationale. Il n'était pas jusqu'à récemment associé au télétravail. Or le fait de travailler en réseau interne dans les locaux de l'entreprise et hors de ces locaux installe une pratique de la communication à distance écrite et différée à travers les réseaux informatiques. Le travail en réseau contribue à créer une culture où il devient de plus en plus naturel d'éviter un déplacement non nécessaire. Les logiciels favorisent le dialogue. La micro-informatique mise sur les outils de travail de groupe, les messageries se multiplient. Lotus Notes a été adopté par 5500 entreprises dans le monde. Microsoft a développé un logiciel qui permet à un ensemble d'utilisateurs situés dans des lieux différents d'échanger des documents, de gérer des fonctions de télécopie, d'être reliés à des serveurs, bref tout ce qu'il faut pour travailler en commun à distance. Plusieurs SSII se sont spécialisées dans la mise en place du groupware. Il faut compter autour de 50 000 F par poste. La préparation et l'accompagnement représentent 85% du coût du groupware, alors que beaucoup d'entreprises réduisent la mise en place à ses aspects techniques et ont tendance à vouloir brûler les étapes. La presse insiste sur le fait que le groupware doit être développé par approches successives, il faut que ses utilisateurs acquièrent une culture réseau, aient la volonté de partager leur savoir, d'organiser leur travail par communauté d'intérêt et acceptent de lutter contre la culture du secret.
et les utilisations d'Internet Internet défraie la chronique depuis deux ans. Le réseau des réseaux est devenu de plus en plus (mais évidemment pas seulement) associé au télétravail. Sur Internet il serait possible de trouver du travail et même du télétravail. Cela montre combien les journalistes s'ouvrent à des formes de télétravail évolutif, non figé dans des métiers déjà connus, selon une organisation classique. Ils commencent à voir peu à peu le télétravail s'inscrire dans un ensemble de transformations du travail et de la société qui se mettent en place.

III. COMMENT S'ORGANISER

Les journaux entendent apporter beaucoup d'informations aux lecteurs qui voudraient pratiquer le télétravail, ou aux responsables d'entreprises qui envisageraient de mettre en place un programme de télétravail pour leurs salariés. Pour ce faire les différents supports abordent, sous des angles différents, des sujets importants comme les questions juridiques, la formation, la gestion à distance des ressources humaines et dessinent un profil du télétravailleur.
3.1. Les questions juridiques
Les aspects juridiques du télétravail sont multiples. Ils concernent aussi bien le statut du télétravailleur que les outils, les lieux du travail ou la sécurité des données. Les articles consacrés à ces thèmes sont peu nombreux, et publiés surtout au cours de ces deux dernières années. La question qui domine toutes les autres est celle du statut du télétravailleur.
Pas de "statut du télétravailleur", mais un avenant au contrat de travail
La question du statut du télétravailleur était en suspens jusqu'à la parution du rapport de Thierry Breton qui d'une certaine façon a tranché. Il était prématuré de légiférer, le statut défini trop tôt risquait de devenir rapidement obsolète et un carcan gênant pour des pratiques en émergence. Plusieurs statuts sont néanmoins envisageables : celui de salarié, qui relève du droit commun, celui de travailleur à domicile ou celui de travailleur indépendant.
a) le télétravail salarié La situation de télétravailleur salarié qui implique un éloignement partiel variable du lieu traditionnel de travail et l'utilisation des NTIC, remet en cause les piliers de la société salariale que sont le contrôle de l'employeur et le lien de subordination. Il s'agit d'une modification substantielle du contrat de travail qui doit faire l'objet d'un avenant en bonne et due forme. Le statut doit être au moins aussi favorable que dans l'entreprise. Le lieu est soit un télécentre (cas fort rare), ou un bureau satellite, lieux alternatifs de travail qui restent soumis au droit habituel des lieux de travail et ne posent pas les mêmes problèmes que le télétravail à domicile. La plupart des articles soulignent l'importance du volontariat, il faut l'accord du télétravailleur lorsque l'employeur décide de faire télétravailler un de ses salariés, il est donc théoriquement possible de décliner l'offre de l'employeur ; d'autres insistent sur la réversibilité, le télétravailleur doit pouvoir revenir à la situation antérieure. En tout état de cause il faut dans l'avenant au contrat de travail définir les conditions de travail, la durée du télétravail, la fréquence du retour dans les locaux de l'entreprise, les conditions du contrôle du travail effectué. Le télétravailleur salarié conserve les mêmes droits que tout autre salarié de l'entreprise, congés, couverture sociale, protection de la convention collective, il est électeur et éligible aux conseils des prud'hommes ou au comité d'entreprise. Les outils, leur entretien, assurance et maintenance relèvent dans la plupart des articles de l'employeur, de même que l'installation de lignes de communication et les abonnements aux différents réseaux. De plus l'employeur doit respecter le décret concernant les conditions du travail sur écran en vigueur et prévoir des pauses ou des changements d'activité, ainsi qu'une surveillance médicale.
b) le travailleur à domicile Autre statut possible envisagé dans quelques articles, celui de travailleur à domicile. Il s'applique si le travail s'effectue seul, sans contact avec la clientèle, à domicile, pour un ou plusieurs donneurs d'ordre qui ne sont pas tenus de fournir du travail de manière continue, avec une rémunération forfaitaire fixée à l'avance ; le travailleur à domicile bénéficie de dispositions législatives et réglementaires applicables aux salariés ; les règles de la durée du travail ne lui sont pas applicables ; le travailleur à domicile effectue son travail de manière autonome, sans surveillance de ses horaires mais avec un contrôle sur le produit de son travail.
c) le télétravailleur (in)dépendant (?) En fait plusieurs journalistes soulignent que le salarié n'a pas toujours le choix, qu'il est parfois contraint de devenir travailleur indépendant. Selon le type d'activité il a le choix entre plusieurs statuts, celui de commerçant, d'artisan ou de profession libérale. Les obligations ne sont pas absolument identiques, la couverture sociale reste dans tous les cas à la charge du télétravailleur indépendant. En cas de maladie il ne perçoit pas d'indemnités journalières et évidemment pas d'ASSEDIC en cas de chômage S'il crée une société il peut être exonéré de l'impôt sur le revenu pendant deux ans (artisan, commerçant), ou bénéficier de soutien financier (ACCRE) s'il était auparavant chômeur. Les candidats au télétravail à domicile doivent s'informer s'ils sont locataires si la copropriété le permet et demander l'autorisation à leur propriétaire. Plusieurs articles comportent des conseils : lire attentivement l'avenant au contrat de travail, contacter l'inspecteur de travail ou les représentants du personnel en cas de doute, ou contiennent des adresses utiles comme celles de l'ANCE, ou de l'Office pour la promotion du travail à domicile.
d) le télétravailleur belge En Belgique il n'existe aucune législation spécifique concernant le télétravail. Jusqu'en 1992 le télétravailleur belge était protégé par une loi sur le travail à domicile datant de 1978. Mais, depuis, les conditions des télétravailleurs se sont fragilisées, et ils ne bénéficient plus de la loi de 1978 sur les indemnités, le préavis de licenciement et sur l'assurance maladie-invalidité. Ce vide juridique dénoncé par la presse belge est lié au fait que les salariés sont protégés sur le lieu de travail, et s'ils travaillent à domicile celui-ci devient un prolongement de l'entreprise, subordonné aux règles d'hygiène et de sécurité en vigueur. En décembre 1995 un projet de loi était toujours en cours d'élaboration pour inclure un titre particulier au télétravail dans la loi de 1978.
Les flux transfrontaliers de données De rares articles consacrent quelques lignes aux flux transfrontaliers de données dans le cas du télétravail. Cette question reste en suspens dans l'Union européenne qui n'a pas statué sur tous ses aspects. En tout cas le télétravail devra se conformer à la loi informatique et liberté sur la sécurité et la confidentialité des données, notamment les données nominatives.
3.2. Télétravailler : ce n'est pas un métier, mais il faut une formation
Bien que tous les articles de presse soient d'accord sur le fait que le télétravail n'est pas un métier en soi mais une forme particulière d'organisation du travail, il n'en reste pas moins que pour télétravailler il est préférable de suivre une formation. Quelques articles citent des organismes de formation importants comme l'AFPA qui se lancent dans le créneau des nouvelles technologies de communication classées sous la rubrique téléactivités. Des journées de sensibilisation sont organisées pour les cadres, les dirigeants d'entreprises ou les experts-comptables, car ces nouveaux métiers sont appelés à être intégrés dans toutes les branches d'activités.
D'autres organismes moins importants comme l'association Créations proposent des formations spécialisées aux outils informatiques du télétravail pour les chômeurs et d'autres formations pour ceux qui souhaitent se lancer dans la création d'une entreprise de télétravail. Il faut alors connaître les outils multimédias et avoir un projet et un métier.
La formation comprend entre 300 et 500 heures : étude de marché, choix juridique, recherche de financement, business plan et des modules de marketing, de transferts de fichiers, d'émulation fax et Minitel, etc... Un centre de formation à la réinsertion des chômeurs en région lyonnaise propose des modules innovants de télétravail. Ils sont considérés comme l'axe le plus stratégique dans le secteur bureautique et tertiaire. Les formations vont de la gestion d'agendas à la télésurveillance, en passant par la télémaintenance ou la télétraduction. Le Fonds social européen (FSE) verse des subventions pour ces formations qui entrent dans le cadre du programme communautaire.
Les télétravailleurs interrogés déclarent avoir suivi une formation de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois afin d'assurer la première maintenance de leurs outils, de savoir effectuer les premiers dépannages, de maîtriser la téléinformatique, ou d'apprendre à gérer leur temps, ou leur entreprise de téléservices.
3.3. Et la télégestion des ressources humaines ?
Il s'agit d'un sujet de la première importance que pourtant les journalistes traitent peu. Bien sûr faute de pouvoir vérifier les horaires, ou la durée effective du travail, le contrôle s'applique plutôt à la qualité du travail fourni. Il ressort de l'ensemble des articles consacrés au sujet que la gestion du temps est au moins aussi importante que les compétences, et que le management à distance en France commence à peine. 'Il est encore balbutiant' déclare Jean-Marie Reisser qui a formé les commerciaux de Bull-Europe.
Responsable d'une entreprise qui met en place le télétravail, Serge Dujardin, PDG de Com'On Line, suggère d'y aller à petits pas. 'Pour gérer à distance il faut s'occuper du chemin, pas seulement des objectifs, veiller à ce que chacun puisse progresser dans sa tâche comme il l'entend'. Selon lui la seule approche fonctionnelle vraie, ne négligeant aucune question, est plus valable que l'approche purement technologique.
La plupart des expériences relatées en France et aux États-Unis montrent la nécessité d'un retour régulier, au moins hebdomadaire, au bureau. Des réunions de travail permettent de maintenir un lien avec ceux qui restent et de conserver la culture de l'entreprise, faute de quoi les télétravailleurs risquent de perdre leurs points de repères.
Le management intermédiaire se doit de définir clairement ce qu'il attend du télétravailleur, cela conduit à remettre en cause les pratiques classiques. La limite de trois jours et demi par semaine est évoquée par un manager de la Pacific Bell aux États-Unis après plusieurs mois d'expérimentation. De plus l'autonomie laissée aux télétravailleurs contient deux dangers : le premier serait la démotivation, le second une frénésie de travail conduisant à un excès inverse. Ainsi certaines entreprises américaines se voient obligées de rédiger des chartes signées par les télétravailleurs qui prévoient la vérification concrète du travail accompli.
Laissons le mot de la fin à Michel Antoine, chargé des relations sociales d'IBM-France :"Le télétravail comme tout ce qui augmente la flexibilité du travail ne s'accommode guère d'un management approximatif".
3.4. Quelles qualités pour le télétravailleur ?
La presse dans son rôle de conseil auprès des lecteurs tentés par le télétravail les met fréquemment en garde sur les qualités nécessaires pour réussir lorsqu'on veut télétravailler.
Le profil idéal du télétravailleur qui se dessine en filigrane à travers la presse est celui d'un cadre qualifié, exerçant des activités tertiaires haut de gamme ou créatives, capable ou ayant besoin d'autonomie, bon gestionnaire de son temps de travail. Il faut en effet savoir s'astreindre à des horaires ou en tout cas être capable de se les imposer, de s'auto-organiser, de se discipliner et de se motiver. De nombreux articles insistent particulièrement sur ces qualités. Le contrat avec l'entreprise est basé sur la confiance, ce terme de confiance revient à plusieurs reprises comme la base essentielle.
Par ailleurs certains journalistes notent qu'il est préférable que le télétravailleur ait un logement assez grand. Le portrait-robot du télétravailleur finlandais c'est le pays où le télétravail est le plus répandu au monde est celui d'un quadra, high tech, cadre, père de famille.
A toutes ces qualités et qualifications qui s'apparentent au profil du travailleur indépendant ou des professions libérales, s'ajoute le goût de la prise de responsabilité et le sens de la délégation.
Quelques journalistes s'essaient à la description du scénario catastrophe d'un cadre, ou d'une télétravailleuse non identifiée, devenus incapables de gérer leur temps, sans plus aucun point de référence par rapport au travail d'autrui, par manque d'interface. Curieuse réaction de professionnels qui ont par leur culture la connaissance parfaite de ce type de travail. Tout correspondant à l'étranger se trouve dans une situation analogue. Perd-il pour autant ses points de repères ? Ne parvient-il plus à différencier travail et vie personnelle ? Perd-il le contact avec son journal ?
Deux approches contradictoires qui parlent du travail de demain Des témoignages sont courants dans la presse, et les journalistes aiment interroger les experts derrière lesquels ils s'abritent. Pourtant deux opinions, contradictoires, méritent d'être rapportées parce qu'elles sont significatives de deux courants de pensée. Il s'agit de deux entretiens, dans l'ordre chronologique, le premier de Denis Ettighoffer dans Sud Ouest du 16 novembre 1994, et le second de Dominique Carré, sociologue et enseignant, publié dans L'Humanité du 9 janvier 1996. Ces deux entretiens ont pour thème commun les NTIC appliquées au télétravail et plus généralement au travail. Premier constat commun, les outils mobiles et l'informatique portable sont de plus en plus répandus dans de nombreux métiers. Alors que Dominique Carré en conclut que le télétravail n'existe quasiment pas aujourd'hui tel qu'il avait été annoncé dans les années 70-80, Denis Ettighoffer en tire la conclusion que des millions de personnes sont en situation de pratiquer des formes variées de télétravail. Celui-ci souligne le risque d'une singularité française qui limite à 16 000 le nombre des télétravailleurs parce qu'un raisonnement de type ouvriériste cantonne le télétravail aux tâches administratives délocalisées. Il propose de sortir d'un raisonnement alternatif où hier les gens travaillaient au bureau, et demain ils ne travailleraient plus que chez eux. Il prône une approche plus ouverte de type anglo-saxon et européenne qui inclut des pratiques variées et concrètes du travail à distance. Face aux risques inhérents à tout changement, Denis Ettighoffer affirme que les réseaux et les ordinateurs ont modifié les règles du jeu et qu'il faut s'adapter plutôt que de s'arc-bouter pour défendre des modèles d'organisations du travail dépassés. Pour ce dernier , le modèle ouvrièriste qui ferait du lieu de travail l'unique espace privilégié de socialisation est une falsification qui asservi plus le monde du travail qu'il ne le libère. Pour lui, si l'enjeu pour les entreprises est, dans ce nouveau paysage, de dégager des profits nouveaux avec des organisations plus efficaces en réduisant les coûts de fonctionnement grâce aux télécommunications. Il défend l'idée que fédérer et mutualiser les besoins éparpillés ou partiels de très petites entreprises grâce aux télécommunications permet de créer des emplois à temps plein grâce à des plateformes multiservices. Enfin il montre que les très grosses entreprises, très puissantes comme General Motors ne fabriquent plus les voitures mais les font fabriquer dans des usines partout dans le monde, car leur excellence est dans la maitrise de l'ingénierie de toute la fabrication. Ce qui nécessite un usage intensif de télécommunications pour travailler ensemble et à distance. L'approche de Dominique Carré est toute différente. Pour lui le lieu de travail est un lieu commun où les gens viennent pour travailler, se parler, s'organiser, échanger. Il exprime ainsi le risque de satellisation (de désocialisation ?) toujours dénoncé par les syndicats. Les outils portables de télécommunications entraînent à une logique de décision plus rapide et d'interventions ou d'assistance plus interactive 24 heures sur 24. Du coup la disponibilité du salarié vis-à-vis de l'employeur s'étend et la frontière entre vie privée et vie professionnelle diminue, allant jusqu'à donner son numéro de téléphone lorsqu'on est en vacances. La limite ? Le rapport de force. Pour Dominique Carré le risque est de casser la sphère du privé et la sphère du travail telles qu'elles fonctionnaient depuis un siècle le 19ème siècle, précisément.

IV. DEMAIN : TELETRAVAIL OU CYBER-TRAVAILLEURS ?

Nombre de journalistes publient des prévisions qui soit reflètent leurs propres opinions, soit reprennent les prévisions d'autrui. Depuis une vingtaine d'années le télétravail a suscité des évaluations prospectives plausibles autant que fantaisistes. La fournée de ces trois dernières années ne fait pas exception à la règle.
Fin 1993-début 1994 la DATAR, tout au lancement de son deuxième appel à projets, escomptait un boom du télétravail, et espérait que cette action concernerait quelque 100 000 emplois. Chiffre très surévalué car les emplois concernés n'ont été en fin de compte que 2700 dont 500 créations.
Pour 1998 le cabinet de conseil américain Link Resources prévoit 60 millions de télétravailleurs à domicile aux États-Unis. Mais parle-t-on bien des mêmes choses alors que l'on nous promet 100 millions d'utilisateurs d'Internet pour la fin du siècle ?
L'an 2000 se prête particulièrement à ce genre d'évaluations. Voici quelques chiffres fréquemment rencontrés :
| Europe |
10 millions de personnes concernées par le télétravail |
| Allemagne |
2 millions de télétravailleurs et 800 000 salariés à domicile |
| France |
200 000, selon d'autres 300 à 500 000 télétravailleurs |
| Ile-de-France |
40% de la population active en alternance |
| Etats-Unis |
12 millions de télétravailleurs. |
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L'an 2005 est également un horizon prisé par les prévisionnistes :
| Ile-de-France |
400 000 personnes susceptibles de télétravailler à temps partiel |
| France |
de 300 à 500 000, voire 1,5 million de personnes |
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Le nombre potentiel des télétravailleurs n'est pas la seule évaluation chiffrée que publie la presse, France Télécom estime que dans 30 ans le télétravail représentera un chiffre d'affaires de 3 milliards de F.
Quelques journalistes restent plus flous mais annoncent une explosion du télétravail dans les cinq prochaines années.
Pour estimer l'avenir du télétravail, les journalistes utilisent la méthode la plus sensée qui consiste : recenser les facteurs porteurs et les freins.
Les tendances sont à l'accélération du phénomène Les facteurs porteurs sont nombreux, mais principalement le télétravail est devenu un élément incontournable du futur paysage économique, l'expression de la mutation en train de s'opérer dans l'organisation du travail. On se trouverait devant une nécessité de développement généralisé du télétravail, c'est en tout cas une voie porteuse d'avenir, une évolution irréversible, voire inéluctable. D'autres facteurs sont plus précis. Il concernent l'équipement, les mentalités et les facteurs culturels, l'organisation du travail et l'intérêt économique, la structure des entreprises. La révolution technique va imposer de plus en plus la décentralisation. Les outils atteignent une fiabilité assortie d'un coût abordable. Si 80% des acheteurs de micro-ordinateurs sont prêts à l'utiliser partiellement pour le travail, 21% s'en servent déjà pour travailler chez eux. C'est dire qu'un changement de mentalité s'est opéré et que cette nouvelle organisation du travail correspond à une aspiration profonde d'une partie de la population, de certains employeurs et de certains salariés. Le développement des entreprises polycellulaires, le nombre très important des petites et très petites entreprise en France, la croissance des salariés multi-employeurs, les modifications de la structure de l'emploi constituent autant de facteurs porteurs du développement du télétravail en France. De plus les avantages économiques à en retirer apparaissent clairement.
Les freins sont plus culturels que techniques Les freins énumérés apparaissent bien moins nombreux que les facteurs porteurs. Il restent en grande partie dus aux mentalités et à des facteurs culturels. Les plus fréquemment cités par la presse sont liés à la gestion du personnel et aux difficultés de contrôler le travail à distance, au fait que les dirigeants tiennent à ce que le travail s'effectue sous leurs yeux. Cela rejoint les problèmes plus vastes d'organisation et de résistance au changement. En fait les entreprises seraient les plus réticentes, et auraient une répugnance à s'engager dans le télétravail. Côté employés les inconvénients majeurs touchent à la perte de sociabilité qu'offrirait un lieu commun de travail. Le scepticisme se trouve aussi bien du côté des employeurs que du côté des travailleurs. Quelque soit l'avenir du télétravail celui-ci évoluera lentement. Ainsi les journalistes reprennent-ils les prévisions de Thierry Breton qui estime qu'il se répandra selon le modèle des changements de mentalités et non à la vitesse de diffusion d'une technologie.
SOMMAIRE INTRODUCTION I II III IV ANNEXES
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